Araucaria araucana, un fossile vivant

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araucaria Lanin National Park-ArgentinaL’Araucaria araucana fut découvert au Chili en 1780 par Dom Francisco Dendariena. En 1795, le botaniste anglais Menzies ramena en Grande-Bretagne d’énormes graines que les indiens Araucans lui avaient proposé lors d’un repas sans savoir de quel arbre il s’agissait.



Araucaria dans son milieu naturel au Chili


Depuis, son architecture si particulière, lui a valu d’être largement planté à travers le monde. Son surnom –le désespoir des singes » – vient d’une plaisanterie faite par un Anglais qui trouvait que les épines sur le tronc et les branches devaient faire désespérer les singes. En réalité, sa terre d’origine située dans les Andes, à la frontière entre le Chili et l’Argentine, n’abrite aucun singe. Il pousse dans la région volcanique de la Cordillère de Nahuelbuta au sud de Valparaiso.


Un arbre d’un autre temps
B-araucarias, patagonie

 

Ce conifère existait déjà il y a environ 60 millions d’années, avant que l’unique continent, la Pangée, ne se sépare pour donner naissance à la Laurasia au nord et au Gondwana au sud. Des forêts entières dévolues à cette espèce recouvrirent le Gondwana ; elles abritèrent plusieurs générations de dinosaures. On peut encore observer des reliques de peuplement entre 600 et 1700 m au Chili et en Argentine.

Dans son milieu naturel, ses mensurations sont gigantesques. Les sujets les plus grands atteignent plus de 50 m –le plus grand spécimen dépassant 100 m–. Ses rameaux arqués à la « peau » couverte de grosses écailles triangulaires confèrent à ce conifère un aspect reptilien d’un autre temps. Au Chili, des arbres de plus de 800 ans ont été identifiés malgré les feux très fréquents qui éclatent régulièrement dans cette région volcanique des Andes. Tout comme Nothofagus antartica, l’hêtre austral avec qui il pousse en mélange, cet arbre s’est parfaitement adapté à ces conditions particulières en développant une épaisse écorce qui protège les jeunes bourgeons des feux courants.


 

Une silhouette étrange

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Le jeune arbre possède une architecture tout à fait géométrique avec ses rameaux disposés en croix régulièrement étagés et couverts d’écailles. Sa croissance est quasiment nulle pendant quelques années puis de 30 cm par an. Sa forme pyramidale devient arrondie au sommet alors que les branches basses meurent et se détachent peu à peu entrainant une remontée naturelle du houppier. En culture, l’arbre adulte mesure entre 15 et 30 m de haut pour 9 m de large. Ses feuilles triangulaires et acérées persistent 10 à 15 ans avant d’être remplacées, hormis au niveau du tronc qui devient lisse avec l’âge.

 

 

Araucaria adulte en bretagne (Photo Vavou)


Des sexes séparés



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Cônes mâles fins et pendants (Photo Vavou)
           
Les pieds femelles sont facilement identifiables grâce à la présence de gros cônes de 15 cm de diamètre, situés en bout de branches. Les cônes mâles de couleur miel
sont allongés et pendants. Ils libèrent leur pollen en juillet. Il est impossible de connaître le sexe d’un arbre avant sa maturité sexuelle.

 

Gros cônes femelles dressés (Photo Vavou)Araucaria araucana 6385 redimensionner


Des graines comestibles

Les Indiens qui peuplent les forêts d’araucarias se nomment les Araucans. Ceux-ci consomment les graines fraîches, grillées ou transformées en farine pour la fabrication du pain. Après fécondation, les cônes mettent 2 à 3 ans à mûrir, avant de se détacher lourdement de l’arbre. Ceci facilite la récolte mais présente un réel danger lors de la chute ! Heureusement l’arbre ne fructifie qu’au bout de 30 à 40 ans.

Son bois jaunâtre est d'une qualité comparable au sapin et servait à la fabrication des mâts à l’époque de la marine à voile. C’est pourtant son cousin Araucana angustifolia qui est surtout connu en menuiserie sous le nom de pin du Parana.

 

Ses exigences

Araucaria araucana 21595 redimensionnerL’araucaria pousse sur des sols d’origine volcanique mais il s’adapte à toutes les terres profondes et bien drainées. C’est un arbre de soleil qui apprécie les atmosphères humides et les températures clémentes comme sur le littoral de la Manche et de l’Atlantique où il est fréquemment planté. Il tolère les embruns, le vent, mais déteste la pollution de l’air et les sols secs en été. L’Araucaria peut perdre ses branches basses prématurément s’il subit une sécheresse prolongée. Sa rusticité n’est pas avérée au-delà de – 15°C. Vu le poids de ses cônes, il est conseillé de choisir un emplacement éloigné des allées. Il n’est de toute façon pas très agréable de se frotter à ses rameaux !


Araucaria au Jardin botanique de Glasgow (Photo Vavou)


 





 

Le saviez-vous ?

Le Ministère de l’Agriculture a déclaré l’Araucaria araucana «  monument national du Chili » en 1990. On le rencontre en particulier dans le Parque Nacional Conguillío et en Argentina dans le Parc National Lanin.

Araucaria araucana 4

L’Araucaria est aujourd’hui une espèce menacée dans son milieu naturel et inscrit sur la liste rouge des espèces vulnérables (CITES). Depuis 1977, les deux tiers des forêts d’Araucaria ont disparu et les forêts reliques sont très fragmentées. Afin de préserver cet arbre, son exploitation a été interdite depuis 1990 au Chili et la récolte des graines limitée à 300 kg par famille indienne autochtone en Argentine.

 

 

Pour en savoir sur un autre conifère exceptionnel, lisez mon article sur le Metasquoia ou sapin de Chine

Publié dans Arbres-Conifères

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