Dicksonia antarctica, une fougère arborescente australienne

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Aujourd’hui, j‘ai décidé de vous parler de Dicksonia antarctica, une fougère arborescente de Tasmanie, fort belle mais assez difficile à cultiver. Tant mieux pour les jardiniers basques, bretons, normands et de la façade atlantique en général. Pour les autres, il faudra s’armer d’un brumisateur et éviter les gels prolongés.

Dicksonia antarctica 15316 redimensionnerDicksonia antarctica au Conservatoire botanique de Brest (29)

Photo Vavou


Une fougère du fond des âges et des antipodes


Dicksonia antartica 21512 redimensionnerComme la plupart des fougères, les ancêtres de Dicksonia antarctica vivaient déjà au Jurassique. Des fossiles de fougères arborescentes datant de 160 millions d’années ont été découverts en Tasmanie quand cette île était encore rattachée à l’Antarctique et à l’Australie. Les navigateurs européens comme le chevalier d'Entrecasteaux la découvrirent à la fin du XVIIIe siècle. Les premiers plants de Dicksonia furent importés en Angleterre vers 1825 et firent alors l’objet d’un commerce si important que cette fougère disparut complètement de certaines régions d’Australie.(Photo Vavou ci dessus : Dicksonia et Cyathea au Jardin botanique de Glasgow)

 

Depuis 1994, ce pays encadre très fortement la culture et la commercialisation de cette fougère. Il impose un certificat d’origine aux sujets destinés à l’exportation. Heureusement pour elle, cette fougère est aujourd’hui multipliée par micropropagation. En Tasmanie et dans les montagnes Victoria en Australie, Dicksonia antartica vit dans les forêts humides (1000 à 1500 mm de pluie par an) et constitue le sous-étage des forêts d’Eucalyptus et d’Acacia melanoxylon, le mimosa à bois noir. On peut la trouver dans des forêts sclérophylles un peu plus sèches (6000 à 1000 mm) mais très près des ruisseaux et dans les endroits ombragés. Dans son pays d’origine, elle peut atteindre 6 à 15 m mais rarement plus de 2-3 m en Europe.


Dicksonia antarctica, Brest (29) Conservatoire bot-copie-2Tronc, tige ou racine aérienne ?


Le tronc est constitué de tissus conducteurs très durs à l’intérieur desquels se trouvent les racines. Il est très soyeux à la différence des autres fougères arborescentes comme les Cyathea. Contrairement aux palmiers qui possèdent un bourgeon foliaire au sommet de leur stipe et des bourgeons racinaires à la base, le tronc de la Dicksonia n'est qu'un gros rhizome dressé, un caudex, couvert de racines adventives séchées. Les frondes, c’est-à-dire les feuilles proviennent du caudex situé plusieurs centimètres sous la partie sommitale du tronc. Cette localisation des tissus producteurs de feuilles explique pourquoi les Dicksonia adultes (de plus de 60 cm) résisteraient mieux au froid que les jeunes sujets ; leur « cœur » est simplement situé plus au centre de la tige.


Comment cultiver la Dicksonia ?


Pour cultiver une Dicksonia en extérieur sous nos climats, les choses se gâtent un peu. Il faut deux éléments indispensables : de la pluie, pas forcément beaucoup mais souvent et des températures douces l’hiver. C’est donc sur la façade atlantique que les Dicksonia se plaisent le plus : Normandie, Bretagne et Pays Basque. Le climat vendéen et charentais peut s’avérer un peu trop sec l’été. Bien protégée par une couche de 5 à 10 cm de paille entourant les côtés et le sommet du tronc, les Dicksonia peuvent résister à – 5°C sans trop de dégâts pour les feuilles et – 8°C pour le tronc. Plus le tronc est humide, mieux la Dicksonia se porte.

 

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Dicksonia à San Sebastien au Pays basque espagnol (Photo Vavou)

 

En intérieur, un taux d’hygrométrie proche de 80% est conseillé, ce qui nécessite souvent l’utilisation d’un brumisateur ou d’un asperseur localisé au sommet du tronc. La tige qui soutient chaque feuille ne vit que quelques années, le relais étant pris par des racines adventives qui poussent à l’intérieur du tronc. Celui-ci grandit ainsi lentement, très lentement même… A raison de 3 cm par an, il faut être patient. Mais l’explosion de feuilles au printemps est toujours spectaculaire ; les crosses se déploient jusqu’à former des feuilles de 3 mètres de long.

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Un parapluie pour ma fille de 6 ans au conservatoire botanique de Brest - (Photo Vavou)


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Autre précaution : il faut placer les Dicksonia à l’abri du vent, à  l’ombre ou à la mi-ombre. Si la plante est cultivée en intérieur, on peut la sortir au printemps après les gelées mais en prenant soin de ne pas l’exposer aux rayons du soleil qui risqueraient de griller les jeunes feuilles. Les Dicksonia aiment les terrains frais où l’eau ne stagne pas. L’apport d’engrais organique n’est pas conseillé car il brûle les racines. Par contre, elles apprécient beaucoup l'engrais soluble auquel elles réagissent très vite en donnant de nouvelles feuilles vert profond. Un à deux arrosages hebdomadaires dans le cœur de la plante avec de l'engrais "plantes vertes" dilué à la moitié de la dose prescrite entre mars et novembre suffisent. (Photo Vavou ci dessus : jeunes crosses de Dicksonia au mois de mai 2010 à Brest)


Où voir des Dicksonia ?


Dicksonia antarctica, Brest (29) Conservatoire bot-copie-3Je n’ai pas fait le tour de France des jardins possédant des Dicksonia, mais je connais assez bien le conservatoire botanique de Brest dont je vous ai parlé dans un article précédent, où les Dicksonia s’épanouissent particulièrement bien. Elles sont situées sur le versant Est d’un vallon ombragé, dans une terre argileuse assez lourde mais où l’eau est drainée régulièrement car le terrain est en pente. La pluie n’est pas forcément abondante, il ne tombe que 800 mm d’eau ; en revanche, il pleut souvent : 180 jours par an.

 

Photo Vavou ci dessus : jeunes Dicksonia et Gunnera à Brest

 

 

On comprend que les Dicksonia aient trouvé ce climat océanique fort plaisant. Dans ces conditions, le tronc peut faire 30-40 cm de diamètre pour 2 à 2,5 mètres de haut. Et ça fait 30 ans qu’elles sont là ! Elles passent l’hiver emmitouflées dans un manchon de paille qui les isolent du froid jusqu’au sommet du tronc.

 


Dicksonia antarctica, Brest (29) Conservatoire bot-copie-8

Dicksonia à Brest (photo Vavou, mai 2010)

 

Pour en savoir plus : http://palmaris.org/html/dickantar.htm

Pour voir des Dicksonia antarctica en plein air ou presque :

- Le conservatoire botanique de Brest au Stangalarc’h (près du port de plaisance)

- Le jardin des explorateurs à Brest (près de la Tour Tanguy, au-dessus du port militaire)

- Le clos du Coudray

- Le parc Vulcania à St-Ours-les-Roches (63) qui possède des fougères sous serres

-  Trewithen garden et Trebah garden en Cornouailles anglaises

Publié dans Vivace

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Vulcania 17/05/2010 10:39


Effectivement nous disposons de quelques dicksonia dans notre serre. Et elles poussent très bien, n'hésitez à venir nous voir.