Ecorces et troncs décoratifs au jardin

Publié le

 

 

Eucalyptus parviflora, Huelgoat (29) Arboretum du Poërop 2Les mois d’hiver paraissent bien longs aux passionnés du jardin, résignés à se mettre à l’affût de la moindre fleurette qui pourrait percer la couche de feuilles mortes ou de neige. Pourtant, il est des végétaux destinés à révéler toute leur splendeur en cette période lorsqu’ils sont éclairés par les rayons doux de l’hiver. Cette saison est peut-être la meilleure pour apprécier les écorces colorées, et les silhouettes graciles des rameaux dénudés.

 

Ecorces d'Eucalyptus parviflora à l'arboretum du Poerop, Huelgoat (29), Photo Vavou

 


1- A quoi sert l’écorce ?

 

Des fleurs, l’arbre fait des fruits ; du bois, il construit une ramure. Mais pourquoi l’arbre a-t-il besoin de cette sorte de tissu externe qui paraît si fin et de peu d’importance ? Comme l’épiderme chez les humains, l’écorce est une véritable peau mais aussi son vêtement protecteur. L’écorce protège le cambium, un tissu vivant essentiel pour la croissance de l’arbre. Elle agit comme une barrière physique contre les coups de soleil, la grêle, le gel évitant ainsi l’échauffement des tissus vivants ou les gélivures qui fendent les troncs et fragilisent l’arbre. L’écorce du Sequoiadendron et du chêne-liège les protège des feux courants. Pour résister aux grands froids du Nord du Canada et surtout des incendies, les vieux sapins de Douglas de Colombie britannique qui dépassent les 500 ans ont une écorce qui peut atteindre 30 cm d’épaisseur pour un diamètre de tronc qui frôle les 4,5 mètres.

Sequoiadendron giganteum Les Barres 241 redimensionner

Sequoiadedron à l'arboretum des Barres à Nogent-sur-Vernisson (45), (Photo vavou)

 

Elle agit aussi comme une cuirasse contre les animaux et les maladies : piqûres et galeries d’insectes, frottis des chevreuils et autres cerfs, coups de becs des oiseaux cavernicoles comme les pics… Enfin, l’écorce sert aussi de « poubelle » en permettant aux tissus vivants d’y stocker les sous-produits de la photosynthèse sous forme de tanins, de résines ou de cristaux d’oxalate de calcium. Si ce tissu est donc essentiel au développement de l’arbre, il ne représente pourtant qu’une faible partie du tronc, en épaisseur comme en poids : l’épaisseur de l’écorce d’un chêne de 500 ans ne représente qu’1% de son rayon. De plus, ce matériau est très léger.

Comme les êtres humains, l’arbre supporte modérément les scarifications de son épiderme et les preuves d’amour gravées à même la peau. Il ne supporte pas plus l’arrachage total de son écorce, même dans le cas du chêne-liège dont seule la partie liégeuse est enlevée sans toucher les tissus vivants.

 

2-Les usages multiples de l’écorce


Quercus suber 4367 redimensionnerSuivant l’âge et les espèces, l’écorce représente 5% à 20% du volume du bois de tige, c’est donc un matériau que les sociétés humaines ont cherché à valoriser depuis longtemps. C’est un excellent combustible car son pouvoir calorifique est le même que celui du bois sec. Selon l’arbre dont elles proviennent, les écorces sont utilisées à des fins très spécifiques : l'écorce du chêne-liège (Photo vavou ci-contre) produit le liège très utilisé en bouchonnerie et comme isolant thermique dans la construction. L'écorce de la cannelle est utilisée comme épice. Avant l’avènement des molécules de synthèse, on extrayait l’aspirine des saules et la quinine du quinquina. L’écorce du mûrier à papier (Broussonetia papyrifera) servait à fabriquer du papier. Enfin, on extrayait de l’écorce de chêne le fameux tan qui permettait de traiter le cuir.

Aujourd’hui, on tire toujours des huiles essentielles des écorces de pin maritime, du myrte, du pistachier lentisque ou du cèdre. En France, l’écorce de pin maritime est très utilisée pour réaliser des  paillis isolants et décoratifs.

 

3 - Troncs et écorces d’arbres au jardin : jeux de textures et de couleurs

 

Nous allons maintenant nous intéresser aux dimensions esthétiques de l’écorce au jardin. Elles se repèrent à deux caractéristiques majeures des écorces : la texture qui leur donne un toucher très particulier et la couleur qui, hormis le bleu et le violet, explore à peu près toutes les autres teintes de l’arc en ciel :

 

 3.1 Des écorces pour la couleur

 

  Ecorces blanches comme neige


Betula utilis 5695 redimensionnerBetula utilis, Jardin du Poerop , Huelgoat (29) (Photo Vavou) 

 

Les bouleaux n’ont par leur pareil pour réfléchir la lumière, exposant des troncs lisses immaculés ou rosés. Betula utilis var. jacquemontii et Betula albosinensis, le bouleau blanc de Chine offrent des surfaces unies qui semblent couvertes de neige. L’écorce du bouleau à canots, Betula papyrifera s’exfolie telles des feuilles de papier. La couleur rouge foncé à presque noir chez les jeunes arbres devient brun rougeâtre puis blanc crème brillant à maturité. Les Indiens du Canada se servaient de l’écorce pour la fabrication d’embarcations légères. Si vous plantez des bouleaux dans votre jardin, réservez-leur une place ensoleillée et un sol acide et frais.

 

Ecorces aux jeux de bruns, ocre et acajou

Le brun est bien sûr une couleur très fréquente parmi les écorces. Mais il existe des nuances variées et très riches selon les espèces. Chez les pins, la diversité des écorces est aussi variée que le nombre d’espèce : le pin d’Alep (Pinus halepensis) et le pin maritime (Photo ci-dessous à gauche) ont une écorce gris clair ; le pin sylvestre a une jeune écorce orangée qui tire sur le gris avec l’âge.(Photo au centre). Quant au pin pignon (Pinus pinea), il mélange les deux teintes : grise et orangée (Photo à droite).

   Pinus maritima 4351 redimensionner  Pinus syvestris 016 redimensionner Pinus pinea 4340 redimensionner

 

Prunus serrula 5670 redimensionnerChez les cerisiers d’ornement, cette même diversité existe mais trois espèces retiennent plus particulièrement mon attention. Prunus serrula est un petit arbre à la magnifique écorce acajou interrompue de lenticelles ocre. Prunus maackii ‘Amber Beauty’ possède une écorce brune et miel qui s’exfolie comme celle des bouleaux. Enfin, Acer griseum surnommé l’érable « à écorce cannelle » se desquame joliment en laissant paraître différents tons chocolatés.

 

Prunus serrula, Arboretum du Poerop, Huelgoat (29) (Photo Vavou) 

 

Ecorces vertes et jaspées

Acer rufinerve 15314 redimensionner 


Un certain nombre d’érables asiatiques sont munis de troncs jaspés à l’aspect de peau de serpent. L’érable de Hers (Acer davidii subsp grosseri), Acer capillipes et Acer pensylvanicum, par exemple, conservent cette texture lisse et zébrée même sur les branches âgées, contrairement à Acer davidii dont l’écorce du tronc finit par s’épaissir.

   

Acer rufinerve , Conservatoire botanique national de Brest (29), Photo Vavou

 

Couleurs de feux : rouge et jaune


  Acer palmatum 'Sangokaku' 24105 redimensionnerAcer pensylvanicum 'Erythrocladum' 5690 redimensionner

 

A gauche : Ramure de Acer palmatum ‘Sangokaku’(syn. ‘Senkaki’), Jardin de la Bastide à Bordeaux (33), Photo Vavou

 

A droite : Tronc de l'Acer pensylvanicum 'Erythrocladum'

 

 

 

 

Acer palmatum ‘Sangokaku’ affiche des teintes rouge vif qui s’accentuent avec le froid. La densité de ses rameaux fins et sinueux lui a valu son appellation d’ « érable à écorce corail ». Dans la même veine, l’Acer pensylvanicum 'Erythrocladum' mélange des stries orangées, jaunes pâles, et blanches, tout cela ponctué de lenticelles noires.

 

Parmi les bois jaunes, on peut trouver certains saules à condition de les rabattre régulièrement pour favoriser l’émission de bois jeune. Il y a aussi les cornouillers à bois jaune (Cornus sericea ‘Flaviramea’ ) et certains bambous comme Phyllostachys sulphurea. 

 

Photo ci-dessous, Phyllostachys sulphurea , Chateau de Cazenave, Préchac (33), Photo Vavou.

 

Phyllostachys sulphurea, Préchac (33) Château de-copie-1

 

 

Cornus sanguinea 'Winter Beauty' 15385 redimensionnerCornus sanguinea 'Winter Beauty', Conservatoire botanique de Brest (29), (Photo Vavou)

 

 

 

vert

rouge

jaune

blanc et rosâtre

marron

Acer capillipes (rouges en naissant)

Acer palmatum 'Sangokaku'

Cornus sericea 'Flaviramea'

Betula utilis var. jacquemontii 

Prunus maackii 'Amber Beauty'

Acer pensylvanicum

Cornus alba 'Sibirica'

Cornus sanguinea 'Winter Beauty'

Lagerstroemia indica

Arbutus andrachne

Acer davidii subsp.grosseri 

Cornus sericea 'Kelseyi'

Salix alba

Platanus x acerifolia

Berberis thunbergii

Cornus mas

Cornus sanguinea WINTER FLAME® ‘Anny’

Bambusa vulgaris 'Aureomarginata'

Parrotia persica

Euonymus alatus

Sophora japonica

Salix sacchalensis ‘Sekka’

Phyllostachys aurea

Eucalyptus sp

Pinus pinea

 

 

3.2- Formes et texture des écorces

 

Pinus bungeana 2006- 05 - les barres 200 redimensionnerUn autre aspect amusant mais parfois oublié des écorces est leur texture et la sensation qu’elle procure lorsqu’on les effleure. On distingue ainsi :

    -  Les écorces lisses et sans aspérités au toucher comme chez le hêtre (Fagus sylvatica), le châtaignier (Castanea sativa) ou le mimosa (Acacia dealbata).

  - - Les écorces légèrement rugueuses qui se détachent soit par lanières comme chez les Eucalyptus et les arbousiers ou par plaques comme chez les platanes ou le très curieux pin Napoleon (Pinus bungeana) illustrée par la photo ci-contre prise à l'arboretum des Barres à Nogent-sur-Vernisson (45);

-    -  Les écorces qui se détachent par écailles comme celle des cèdres, du pin maritime, du pin parasol ou du pin sylvestre.

-    - Les écorces fissurées de l’arbre de Judée (Cercis siliquastrum), du chêne vert ou du Liquidambar.

-    - Les écorces crevassées et tourmentées du chêne-liège (Quercus suber), de l’Oranger des Osages (Maclura pomifera) dont les Indiens du même nom extraient une teinture orangeâtre, des vieux peupliers blancs ou des robiniers faux acacia (Robinia pseudoacacia).

 -   Les écorces annelées de l’Araucaria araucana dont les petites rides témoignent des cicatrices des branches tombées.

 -   Les écorces fibreuses et douces au toucher du Sequoiadendron et du myrte (Myrtus communis).

 

Eucalyptus, Lisbonne (2009) 35881 redimensionner  Arbutus menziesii 21778 redimensionner  Populus alba 20744 redimensionner

De gauche à droite : écorces d'eucalyptus, d'arbousier de Menzies et de peuplier blanc (photo Vavou)


 Lagerstroemia indica 021 redimensionner Platanus x hispanica 12783 redimensionner 

Acer griseum, Doubs (25) 27159 redimensionner

De gauche à droite : platane, Acer griseum et Lagerstroemia (Photo Vavou)

Bien d’autres espèces sont susceptibles de vous séduire. A vous maintenant d’observer les couleurs des écorces et de les frôler de vos mains lorsque vous parcourez parcs et pépinières en cette saison !

 

Dans le texte, j'évoque quelques noms d'arbres. Pour en savoir plus, vous pouvez consulter mes articles sur mon site. Vous y trouverez plus d'éléments d'informations notamment sur les espèces suivantes : l'Araucaria, les mimosas, les arbousiers ;

Publié dans Arbres

Commenter cet article

calie 23/11/2013 15:20

Bonjour, à la recherche d'une information, je 'tombe' sur votre blog, fort bien documenté. J'ai commandé chez mon pépiniériste un prunus serrula cet automne, je viens d'aller le chercher. C'est un
jeune sujet en cépée d'environ 1m ; oui mais voilà, pas d'écorce acajou à l'horizon (ni même de près ;-)), du coup un petit doute m'étreint. Sauriez-vous me renseigner ? Peut-être que la couleur de
l'écorce ne se révèle qu'au bout de quelques années ? Merci dans tous les cas, je vais aller lire encore un peu + vos articles.

Vavou 23/11/2013 16:34



Bonjour Calie,


Une branche de Prunus serrula de 3 cm de diamètre présente de façon certaine une écorce acajou (plus ou moins foncé). Sur une jeune cépée d'un mètre, j'avoue que ça peut être un peu plus
difficile à déterminer, sachant que mon expérience personnelle en la matière ne m'a amenée qu'à voir des arbres adultes. Le risque est que votre pépiniériste ait confondu avec prunus serrulata,
beaucoup plus commun (telle la variété Kanzan) et donc l'écorce présente les mêmes lenticelles mais sur une écorce grise. La floraison est belle mais l'écorce plus terne. Cette confusion entre P
Serrula et P. serrulata est malheureusement fréquente et profite souvent  au second car il est plus facile à trouver en pépinière.


Bonne lecture et bon weekend


Vavou



pierrot, vagabond poète 26/02/2013 22:30

Ici Pierrot, vagabond-poète du Québec

Bravo pour ce magnifique blogue
au sujet de l'écorce des arbres:)))

Dans le cadre de mon vagabondage poétique
blogues-musée pertinents mais aléatoires
pour mon oeuvre littéraire
pertinente mais aléatoire,

permettez-moi
de vous offrir
une de mes chansons

L'ECORCE D'UN ARBRE

couplet 1

Quand t'as l'corps comme l'écorce d'un arbre
les mains propres comme des feuilles d'Automne
les yeux rougis par des rides en gouttes de pluie
c'est que l'bon dieu t'as accordé, un sursis

couplet 2

un sursis pour dire à ma femme
je rêve d'acheter deux chaises berçantes
des bonnes couvertes, une chandelle
du thé de menthe
pour rapiécer les bouts d'passé
qui me manquent

couplet 3

à soir j'ferme la télévision
j'ai la coupe stanley à maison
87 ans cette année j'ai l'goût d'parler
j'veux d'profiter d'la rémission
qui m'est donnée

couplet 4

c'est sur mon p'tit lit d'hôpital
que j'ai hurlé quand j'ai eu mal
que j'ai crié, Doré Doré sors-moé de d'là
j'ai eu peur de mourir sans toé
ma femme à moé

couplet 5

toute ma vie j'ai dit à mes chums
qu'ma femme avait marié un beau bonhomme
à soir ton beau bonhomme
veut s'confesser
y veut pu qu'tu t'sentes mal aimée
mal aimée

couplet 6

quand t'as l'corps comme l'écorce d'un arbre
les mains propres comme des feuilles d'automne
les yeux rougis, par des rides
en gouttes de pluie

c'est que l'bon Dieu
m'a accordé
un sursis

pour dire
à ma femme
merci:)))

www.enracontantpierrot.blogspot.com
www.reveursequitables.com

www.demers.qc.ca
chansons de pierrot
paroles et musique

sur google,
Simon Gauthier, conteur, video vagabond celeste

merci
Pierrot, vagabond poète

Vavou 27/02/2013 08:48



merci pour ce moment de poésie et ce fort bel hommage à votre compagne 











Marie-Noëlle 08/01/2011 20:45


Très bel article qui m' a permis de me rendre compte que j'avais très peu d'écorces remarquables dans mon jardin. Un Arbutus Unedo, un Eucalyptus Gunnii, un Niphophila et quelques bambous
(Fargesia). Si je connais bien les 2 premiers,l'Eucalyptus Niphophila, tout nouvellement planté, n'a pas une écorce attrayante. Que devient-il adulte ?? Pouvez-vous m'en dire plus ?? Merci


11/01/2011 18:04



Dès lors que le tronc d'Eucalyptus niphophila dépasse les 5 à 10 cmde diamètre, les caractéritsiques de l'écorce deviennent plus marquées. Chez cette espèce, l'écorce se desquame par plaques
blanches ou grisatre comme chez le platane. La vieille écorce laisse alors la place à une jeune écorce  jaune clair ou ocre.



ANTONIA 14/12/2010 22:46


De magnifiques écorces qui m'ont fait penser au très beau livre de Cédric Pollet. Le connaissez-vous ? Il devrait vous intéresser !!!


19/12/2010 16:49



Bonsoir,


Le livre de Cédric Pollet est effectivement un très bel ouvrage. Et comme je peins aussi un peu, je suis en train de m'inspirer de sa photo de couverture pour réaliser un tableau pendant les
vacances de Noël. Pour écrire l'article, j'ai aussi consulté l'ouvrage de H Vaucher "le guide des écorces", paru chez Delachaux et Niestlé en 1993.



Capucyne 13/12/2010 17:34


Un superbe article!
Que de magnifiques écorces!
J'ignorais que celle du pin Douglas fût si éoaisse!!!


14/12/2010 21:22



Bonsoir, l'écorce du sapin de Douglas (Pseudotsuga menziesii) peut effectivement faire 30 cm d'épaisseur mais cela ne se voit que sur des sujets de 600 ans et qui vvent dans les forêts de
Colombie britannique au Canada. De tels géants dépassent allégrement les 50 mètres de haut et les plus grands font presque 90m de haut pour un diamètre de 4,5 mètre. Bref, à hauteur d'homme, on
ne voit que leur tronc et leur écorce. Celle-ci est particulièrement épaisse chez ces vieux sujets car elle leur permet de résister aux feux courants qui dévastent parfois ces forêts
boréales.Vous pouvez plus dinformations sur ce site canadien (l'article est en anglais mais vous y verrez des photos de très gros Sapin de Douglas) :
http://www.dnr.wa.gov/Publications/lm_ess_wog_doug_fir.pdf