Jardin botanique de Valence (Espagne)

Publié le par Vavou

Le jardin botanique de l’université de Valence en Espagne est une petite merveille de quelques hectares seulement mais d’une richesse étonnante. On y dénombre plus de 4 500 espèces de plantes dont de très jolies collections de palmiers et de cactées. Il possède plusieurs serres, une impressionnante zone ombragée (umbellarium), plusieurs zones consacrées aux plantes aquatiques, une rocaille et une remarquable zone boisée. Un petit tour s’impose, forcément sélectif et subjectif vu la richesse des lieux.

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La grande allée centrale du jardin botanique de Valence, Espagne (photo Vavou)

    1- Une longue histoire

 

Jardin Botanique Valencia-Joan PlaçaLe premier jardin botanique de Valence date de 1567. Comme le jardin botanique de Montpellier fondé à la même époque, il est rattaché à la faculté de médicine. Son premier directeur, Joan Plaça, y enseignait la pharmacopée traditionnelle à base de plantes médicinales. Au XVIIIe siècle, la botanique prit un nouveau virage. Il n’était plus question de faire pousser des plantes médicinales déjà largement connues mais de recenser la diversité des plantes, notamment celle du Nouveau monde. Tester la productivité et découvrir de nouveaux usages pour ces plantes introduites devenaient autant un enjeu scientifique qu’économique.

 

Joan Plaça, premier directeur du jardin botanique de Valence, Espagne

 

Jardin botanqiue Valencia-Vicent BlascoEn 1787, le chancelier de l’Université de Valence Vicente Blasco décide donc de créer un nouveau jardin à la hauteur de ces défis. Mais il faudra plus de 30 ans de tergiversations pour qu’enfin, en 1802, un nouveau site soit trouvé non loin de la Tore de Quart où se situe encore aujourd’hui l’actuel jardin botanique de Valence. Le premier directeur Vicente Alfonso Lorente organise alors le plan du jardin selon le système de classification de Linné. Il divise ainsi le jardin en autant de petits carrés qui encore aujourd’hui donnent au site son caractère très particulier, à la fois strict dans son agencement horizontal mais adouci dans sa verticalité par le développement foisonnant des plantes dont certaines ont plus de deux siècles. Le jardin atteint son apogée au 19e siècle lorsque plusieurs serres et des fontaines sont installées en divers endroits du parc.

 

Le chancelier de l’Université de Valence Vicente Blasco

 

Jardin Botanique Valencia-09 (3)Le jardin botanique de Valence dans la deuxième moitié du XIXe siècle

 

Au 20e siècle, le jardin subit les vicissitudes sociales et politiques qui agitent l’Espagne jusqu’à la mort de Franco. Les structures bâties se dégradent lentement mais les vieux arbres demeurent ; l’école botanique aussi. C’est sous l’impulsion des scientifiques toujours présents sur le site que le jardin connaît une véritable renaissance à partir de 1985. Le chancelier de l’université, Ramon Lapiedra, charge Manuel Costa, professeur de l’école de pharmacie de remettre le jardin d’aplomb. Les serres sont rénovées, l’umbellarium restauré, de nouvelles collections de Broméliacées et d’orchidées installées. En 1991, le jardin ouvre à nouveau ses portes au public et un bâtiment ultramoderne héberge à la fois l’école de botanique, un herbarium et des laboratoires de recherche. Plus qu’un jardin botanique, le site devient un véritable centre scientifique et culturel dédié à la botanique.


Jardin botanique de Valence (Espagne)  Espagne (2011) Valencia, jardin botanique 46996 redimension

Plan du jardin et une serre d'origine (photo Vavou)

2.   Les collections de palmiers

Le jardin botanique compte près de 4500 taxons regroupés de façon thématique : cactées, flore valencienne, plante de rocaille, plantes potagères, grimpantes etc. Mais je dois avouer qu’avec près de 120 espèces différentes, la collection de palmier m’a particulièrement impressionnée. Il y en a partout ! Dès l’entrée du jardin, cela commence par une collection de Cycadacées dont certains spécimens présentent un très beau développement. A côté du classique Cycas revoluta originaire du Japon, on trouve ainsi Cycas rumphii au feuillage très fin et élégant qui, bien que venant d’Indonésie et de Papouasie, pousse sous les latitudes valenciennes sans problème. A peine plus loin, voilà d’autres palmiers, l’un est mexicain le Dioon spinulosum et l’autre cubain, le Zamia pumilla . Ces palmiers nous viennent du fond des âges et existaient déjà à l’époque des dinosaures.

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Cycas rumphii et Zamia pumilla jardin botanique de Valence, Espagne (Photo Vavou)

Si ces palmiers primitifs ont un développement limité en hauteur (2 à 4 mètres au maximum), les autres palmiers du jardin se caractérisent par des tailles impressionnantes. Brahea armata, au feuillage légèrement grisâtre, déploie ainsi ses longues inflorescences sur plusieurs mètres. De même un beau spécimen de palmier sri-lankais, le Caryota urens aux palmes très découpées trône au milieu du jardin et partout on trouve des Washingtonia filifera qui culminent à plus de 20 mètres de haut, si haut que les jardiniers ont renoncé à les défaire de leurs palmes sèches qui glissent le long de leur stipe. Au fond du jardin vous trouverez aussi un palmier dattier (Phoenix dactylifera) qui compte très curieusement près de 35 troncs suite à l’incendie qu’il subit il y a fort longtemps.

Brahea armata, Espagne (2013) Valencia, jardin botanique Washingtonia filifera, Espagne (2011) Valencia, jardin bota Espagne (2011) Valencia, jardin botanique 47076 redimension

Brahea armata, Washingtonia filifera, Phoenix dactylifera, jardin botanique de Valence, Espagne (Photo Vavou)

Enfin, si vous êtes observateur, vous apprécierez aussi le graphisme des troncs de plusieurs palmiers dont Howea forsteriana, Phoenix roebelenii, Archontophoenix alexandrae, ou les stipes entrecroisés de Sabal causiarum. Et comme je n’ai pas assez de place pour vous présenter les 120 autres espèces du jardin, il vous faudra venir les voir en vrai !


 Howea fosteriana, Espagne (2013) Valencia, jardin botanique Archontophoenix alexandrae, Espagne (2013) Valencia 54063 Sabal causiarum, Espagne (2013) Valencia, jardin botanique

Howea forsteriana, Archontophoenix alexandraeSabal causiarum, jardin botanique de Valence, Espagne (Photo Vavou)

 

Mon coup de cœur… de palmier pour le Sabal d’Hispaniola (Sabal domingensis)

Espagne (2007) Valence jardin botanique 20238 redimensionnDire quel palmier parmi 120 espèces a particulièrement attiré mon attention n’est pas facile. Mon attention s’est toutefois portée sur le genre Sabal qui regroupe des palmiers originaires du Sud-est des États-Unis et du Golfe du Mexique. Leur développement est plutôt limité comme chez Sabal minor, l’espèce la plus communément acclimatée en Europe. Leurs feuilles sont costapalmées c’est-à-dire qu’elles ne sont ni complètement palmées ni totalement pennées. De ce fait, elles se plient assez facilement à leur extrémité sous l’effet de leur propre poids et du vent ce qui leur donne un effet esthétique parfois bizarre. Bref, ce genre de palmier ne retenait mon attention que par sa résistance au froid puisque Sabal minor tient jusqu’à -15°C, Sabal palmetto et Sabal bermudana jusqu’à -10°C.

Sabal domiguensis 20217 redimensionnerMais une espèce a vraiment attiré mon attention au jardin botanique de Valence : ce sont deux magnifiques exemplaires de Sabal domingensis, originaire d’Haïti et de Cuba. Le tronc gris est impeccablement lisse et porte une masse de feuilles palmées très denses et graphiques à plus de 10 mètres de haut. Cette couronne de feuilles est plus large que celle du Sabal palmetto ; son allure générale est très majestueuse, à la fois puissante mais un peu géométrique. Ce côté un peu « droit dans ses bottes » est atténué par ses feuilles costapalmées qui lui donnent un aspect un peu pleureur. Bref, ce que je n’aimais pas chez Sabal minor me comble de ravissement chez Sabal domingensis… A chacun ses contradictions. Autre point intéressant, Sabal domingensis peut résister à -7°C et se satisfait fort bien d’un sol sableux humide et bien drainé. Il résiste par ailleurs assez bien à des périodes de sécheresse estivale.

Sabal domingensis, jardin botanique de Valence, Espagne (Photo Vavou)

 

3.   La collection de cactées

La collection de cactées constitue l’autre morceau de bravoure du jardin. Sur près de 1200 m² s’épanouissent sous le chaud soleil valencien des agaves, des figuiers de Barbarie (Opuntia) originaires d’Amérique Centrale ainsi qu’une collection d’Aeonium originaires des îles Canaries. J’avoue là aussi quelques préférences très subjectives pour les impressionnants agaves américains aux couleurs panachées et pour de curieux Opuntia comme Opuntia tunicata, aux délicates épines blanches immaculées au sein desquelles il ne fait sans doute pas bon promener sa petite menotte.

Opuntia tunicata, Espagne (2011) Valencia, jardin botanique
Opuntia tunicata, jardin botanique de Valence, Espagne (Photo Vavou)

 

Remarquez que le petit cousin de la famille, Cylindropuntia leptocaulis, est tout aussi ambigu. Ses délicates pousses annuelles rouge vif sont couvertes de longues épines bien acérées. Peut-être préférerez-vous Cleistocactus samaipatanus, aux fleurs rouge vif mais, là non plus, pas d’illusion à se faire, cela reste un cactus avec tous les attributs que cela suppose en termes de piquants et autres épines acérées. Heureusement, ces plantes sont en pleine terre et n’exigent plus d’être rempotées. Vous n’échapperez pas non aux coussins de belle-mère (Echinocactus grusonii) qui attendent votre séant mais, ça, c’est à vous de voir… Plus délicates, de belles euphorbes poussent leurs candélabres vers le ciel mais que parviennent encore à dépasser de très gros Yucca elephantipes qui ne font pas les choses à moitié puisqu’ils dépassent allégrement les 5 mètres de haut. Avec le jardin exotique de Monaco, c’est certainement une des plus belles collections de cactées qui m’ait été donnée de voir. Prévoyez juste la visite tôt le matin ou tard le soir car il n’y a pas d’ombre sur cette partie du jardin et le soleil y cogne fort.

   Cylindropuntia leptocaulis, Espagne (2011) Valencia, jardin  Yucca elephantipes var gigantea, Lisbonne (2009) Jardin bot

Cylindropuntia leptocaulis , Yucca elephantipes, jardin botanique de Valence, Espagne, (Photo Vavou)

Cleistocactus samaipatanus, Espagne (2011) Valencia, jardin Echinocactus grusonii 20175 redimensionner
Cleistocactus samaipatanus, Echinocactus grusonii, jardin botanique de Valence, Espagne, (Photo Vavou)

Jamais vu avant, la lanterne chinoise

Dichrostachya-spicata--Espagne--2013--Valencia--jardin-bota.JPGAu cours de ma visite, j’ai eu la chance de tomber sur une curieuse légumineuse du désert nord-australien qui se trouve au milieu des cactées. Son nom à coucher dehors, Dichrostachys spicata, l’apparente aux acacias dont elle portait autrefois le nom. Je fus surtout attirée par la beauté de sa floraison bicolore, couleur lilas en partie haute et jaune d’or en partie basse. Mais en y regardant de plus près, son adaptation à la sécheresse lui a aussi fait développer de jolies épines… C’est décidemment une caractéristique omniprésente dans cette partie du jardin.

Dichrostachys spicata, jardin botanique de Valence, Espagne (Photo Vavou)



4.   Serres et umbellarium

Un retour vers la partie centrale nous mène vers la plus grande serre du jardin botanique de Valence qui trône au milieu du parc. Longue de 24 mètres, cette structure de brique et de verre contient une petite collection de palmiers très exotiques qui ne tiendrait pas aux quelques gelées que les hivers valenciens offrent parfois. On y trouve ainsi de jolis spécimens de Licuala grandis originaire des Nouvelles–Hébrides, le latanier rouge (Latania lontaroides) qui nous vient de l’île de la Réunion et un bel exemplaire de Pandanus. Et comme il fait très chaud dans cette serre, la visite suivante s’impose d’elle-même puisqu’il s’agit d’un umbellarium.

 Licuala-grandis--Espagne--2013--Valencia-_-54058_redimensio.JPG Latania-lontaroides--Espagne--2013--Valencia--jardin-botani.JPG  Pandanus utilis, Espagne (2013) Valencia, jardin botanique
Licuala grandis, Latania lontaroides, Pandanus utilis, jardin botanique de Valence, Espagne (Photo Vavou)

L’umbellarium ou umbracle en valencien est une structure très originale car elle constitue une sorte d’ombrière géante de près de 12 mètres de haut. Des piliers de briques servent ainsi de base à de grandes arches métalliques qui protègent des rayons du soleil des plantes d’ombre essentiellement tropicales comme des gingembres. Un petit havre de paix et fraîcheur bienvenu en ce mois de juillet où j’ai effectué ma visite. Non loin de là, c’est la zone des grands arbres à feuilles caduques ; outre de beaux chênes aux feuilles énormes comme Quercus macrocarpa, vous trouverez aussi un joli Bauhinia blakeana, dont la fleur est l’emblème de la ville de Hong-Kong.

     Bauhinia blakeana, Espagne (2011) Valencia, jardin botaniq 


Bauhinia blakeana, jardin botanique de Valence, Espagne (Photo Vavou)

Espagne (2011) Valence, jardin botanique 46989 redimensionn Jardin botanique de Valence-Serre- 54023 redimensionner

L'umbellarium et la serre des fougères arborescentes (photo Vavou

5.   Divagations botaniques gratuites

    Comme dans beaucoup de jardins botaniques évoqués sur ce blog (le conservatoire botanique de Brest, le jardin botanique de Montréal, ou le jardin du Val Rhameh à Menton), l’ivresse vous envahit parfois. Que de plantes, le temps file et il reste tant de choses à découvrir. Alors juste pour vous donner envie de visiter ce jardin, je vous propose encore quelques petits aperçus subjectifs autour de quelques spécimens intéressants du jardin.

Passiflora x violacea, Espagne (2011) Valencia, jardin botLe long du mur ouest s’adosse une jolie collection de plantes grimpantes adaptées au climat méditerranéen dont une belle passiflore rose ainsi que des Araujia.

Passiflora x violacea, jardin botanique de Valence, Espagne (Photo Vavou)

Au détour d’une serre coincée entre la palmeraie et la zone des cactées, vous trouverez une ravissante petite fontaine où siège en majesté un énorme pied d’éléphant (Nolina sp ou Beaucarnea) qui porte bien son nom tant le renflement de sa tige en partie basse l’ancre au sol de manière déterminée. Et dans la fontaine elle-même, de superbes gerbes de véritable papyrus du Nil de près de trois mètres de haut émergent au milieu des nénuphars.

Beaucarnea recurvata, Espagne (2011) Valencia, jardin botan
Nolina sp, jardin botanique de Valence, Espagne (Photo Vavou)

Au mois de juillet, vous y verrez aussi un superbe arbre australien, le Brachychiton discolor. On pourrait passer à côté de cet arbre sans trop y prêter attention car ses feuilles ressemblent vaguement à celles d’un platane. Mais en y regardant de plus près deux détails n’échapperont pas à votre sagacité. Cet arbre de la famille des Sterculiacées se distingue en effet par des troncs simples ou multiples joliment renflés d’où leur surnom d’arbres bouteilles. De plus leur écorce verte et lisse vous surprendra sûrement. Enfin, avec un peu de chance, vous remarquerez un tapis de fleurs roses au sol qui vous incitera à lever les yeux vers la frondaison toute en fleurs ! Bref, on peut passer à côté mais pas l’ignorer !

    Brachychiton discolor, Espagne (2013) Valencia, jardin bota  Brachychiton discolor, Espagne (2011) Valencia, jardin bot
Brachychiton discolor, jardin botanique de Valence, Espagne (Photo Vavou)

Pour plus d’info, n’hésitez pas à consulter le site du jardin : http://www.jardibotanic.org/

6. Articles de saison

En ce début d’hiver, n’oubliez pas de protéger vos plantes. Certes la neige a quelques effets positifs mais il ne faut pas que Dame Nature exagère sur les frimas. Les arbousiers et les houx ont leurs fruits et bientôt suivront les floraisons des hellébores,  des mimosas, des Camellia sassanqua et des bruyères d’hiver. Bref, il se passe plein de choses en hiver en y regardant de plus près… jetez donc un coup d’œil aux écorces décoratives en suivant le lien et à l'intérieur de la maison, n'oubliez pas de bichonner vos orchidées .

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Paysagiste Brabant wallon 07/01/2014 12:15

Excellent article! Merci pour le partage!

Vavou 20/01/2014 09:13



Bonjour et merci pour vos encouragements. Si vous allez en Espagne, et en tant que professionel du paysage, la visite du Jardin botanique de Valence devrait vraiment vous intéresser. Autre jardin
qui me plait beaucoup : le parc botanique d'Ituarran dans le pays Basque espagnol. Il y a une collection d'érables, de cornouillers et autres arbres et arbustes vraiment impressionnate et plus
adaptés à nos climats


Bonne continuation


Vavou



virjaja 01/12/2013 11:10

merci, c'est magnifique!!! surprise par le froid, mon datura a souffert...bonne journée. cathy

Vavou 02/12/2013 13:52



Bonjour Cathy,


Mon datura a aussi souffert mais je l'ai planté en pleine terre en le couvrant de paille. Celui d'une amie repart tous les ans de la souche. Il n'y a pas de raison que le mien n'en fasse pas
autant (pourvu que sa souche soit déjà bien développée)


Vavou