Grâce à l'observation des plantes dites "bio-indicatrices", vous pouvez diagnostiquer l'état et la qualité de votre sol. Ce que l'on a coutume d'appeler des
mauvaises herbes nous donnent donc des indications sur le compactage du sol, sa teneur en matière organique, les éléments minéraux bloqués... Regardons cela de plus près
1 - Que nous enseigne la levée des graines de plantes sauvages sur le sol ?
Les graines sont produites par les plantes spermaphytes c’est-à-dire par l’ensemble des
Gymnospermes (= conifères) et des Angiospermes (= plantes à fleurs). Ces graines entrent en dormance et nécessitent des conditions particulières pour germer. Le sol constitue ainsi un énorme
réservoir de graines, parfois de très longue durée de vie (+ de 10 ans chez le chardon).
Leur levée de dormance dépend ainsi de différents facteurs:
- de la géologie, du climat, de l’hydrologie, de la structure du sol
- de la vie des bactéries du sol, aérobies : qui nécessitent de l’oxygène pour respirer sachant que ces dernières sont responsables de la transformation de la matière organique du
sol ,
ou anaérobies : qui fermentent dans des sols très tassés ou saturés en eau (sols hydromorphes**), responsables de la transformation de
la roche-mère en terre arable*.
- des pratiques humaines présentes et passées
- de l’environnement végétal.
* Chaque fois que l'on bouleverse le sol par un labour trop profond, on ramène sa fertilité au
niveau qui existait il y a 400 millions d'années !
**Hydromorphisme : anaérobiose totale
du sol due aux engorgements en eau.
Ainsi toutes les plantes, à partir d’une abondance significative, sont susceptibles de nous
renseigner sur les contraintes passées et présentes enregistrées par le sol.
Gérard Ducerf a initié l’étude des plantes observées sur les parcelles agricoles – c’est-à-dire
les « mauvaises herbes » ou « adventices » – en faisant des rapprochements avec leur milieu de vie naturel (le biotope primaire) afin de diagnostiquer l’état du sol, suite notamment à des
pratiques agricoles inadéquates.
2- Quelques exemples de plantes bio-indicatrices
courantes
1- La petite
oseille Rumex acetosela
signifie une carence du sol en argile,
il ne peut donc y avoir de complexe argilo-humique faute d’argile et/ou d’humus.
Rumex acetosela - Photo Vavou
2- La spergule des champs Spergula arvensis
caractérise un sol pauvre en argile et
matière organique causé par le lessivage ou l’érosion.
3- Le mouron blanc Stellaria media
est le signe d’un sol équilibré avec
un bon complexe-argilo-humique.
5- Le pissenlit Taraxacum officinale
en abondance nous alerte d’un excès de
matière organique d’origine animale : d’où un excès d’azote et de potassium et un début d’anaérobiose qui bloquent certains échanges.
Taraxacum officinale- Photo Vavou
6- La véronique à feuilles de chêne Veronica chamaedrys
atteste d’un excès de matière
organique végétale : provoque des excès de carbone qui fait évoluer le sol vers la forêt en formant un humus archaïque.
Veronica chamaedrys
-Photo Vavou
7- La renoncule rampante Ranunculus repens
indique un engorgement en eau soit un
hydromorphisme. La matière organique est décomposée par des bactéries anaérobies. Le complexe argilo-humique perd certains éléments qui sont lessivés, oxydés ou réduits (gley à irisations
bleues ou orange).
8- Le grand plantain Plantago major
caractérise un sol
tassé produisant des anaérobioses par privation d’oxygène.
9- Le rumex à feuilles obtuses Rumex obtusifolius
atteste d’une anaérobiose complète, un
sol asphyxié : excès de matière organique +sol tassé +sol engorgé en eau.
10- Les légumineuses comme la vesce jarosse Vicia cracca ou la
moutarde des champs Sinapis
arvensis
est le signe d’une élévation du pH qui
ralentit l’activité des bactéries.
Vicia cracca
–Photo Vavou
11- L’Oxalis
se développe en climat trop sec et
trop chaud qui gêne l’activité des bactéries.
Oxalis–Photo Vavou
12- Le vérâtre blanc Veratrum album
apparait dans les cas d’hivers longs
et froids qui gênent l’activité des bactéries.
13- Le datura Datura stramonium
indique qu’une
pollution agricole, industrielle ou urbaine intoxique le sol.
Datura
stramonium –Photo Vavou
14- Le chardon commun Cirsium arvense
indique une asphyxie du sol qui bloque
le phosphore.
Cirsium arvense -Photo
Vavou
15- L’ail des vignes Allium vineale, ou des maraîchers A. oleraceum
dénote l’asphyxie du sol qui bloque le
potassium.
16- La blette maritime Beta maritima
informe d’une salinisation du sol due aux excès d’engrais et d’irrigation en période
chaude.
Bien entendu, pour faire un inventaire précis d'une parcelle, il faut l’exécuter en dehors de la
période hivernale, avant une fauche, ne pas tenir compte des espèces recouvrant moins de 10% de la surface, attribuer un taux de recouvrement objectif c’est-à-dire correspondant à l’ombre
portée au sol (Les taux de 10%, 25%, 50% 75%,100% correspondent à des coefficients de 1 à 5) et tenir compte des nuances d’intensivité à la manifestation des caractères indicateurs.
3- Pour en savoir plus et articles de
saison
Pour en savoir plus, lire L’encyclopédie des plantes
bio-indicatrices alimentaires et médicinales de Gérard Ducerf- Ed. Promonature. Il existe déjà 2 tomes faisant l’inventaire d’un nombre de plantes de plus en plus large.
et son fascicule "Conditions de levée de dormance des
principales plantes bio-indicatrices" de Gérard Ducerf –Ed Promonature
Vous trouverez également sur mon site quelques articles de saison qui vous intéresseront peut-être ·
Vous pouvez également vous inscrire sur ma newsletter pour recevoir mes articles dès leur première publication (sur la colonne de droite)