Semer une prairie ou un gazon fleuri

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Malgré leur facilité à faire pousser de beaux gazons, ce sont les anglais qui ont lancé la mode des prairies fleuries. L’intérêt suscité par ce type de végétalisation, à l’origine destinée à produire le foin, réside sans doute dans le peu d’entretien que cela exige et dans son aspect esthétique certain. Le mélange d’espèces à petites fleurs se succédant au cours des mois confère une ambiance naturelle intéressante dans les endroits peu fréquentés du jardin.

1 Prairie naturelle et artificielle

9B-10-2006 Gazon japonais IMG 7221 redimensionnerPrairie composée de nielles des prés- Photo Vavou

 

La prairie sauvage est constituée de plantes herbacées souvent annuelles, composées de graminées variées et d’une multitude de plantes à fleurs. Elle est très rare à l’état naturel car elle perdure uniquement dans les zones défavorisées, sur des terrains pauvres, soumis au vent, à la sécheresse et aux grands froids comme le sommet des falaises, les dunes, les grèves de fleuves ou les alpages. La plupart des prairies destinées au pâturage sont donc artificielles et pourtant c’est le milieu où l’on observe la plus grande biodiversité tant au niveau végétal qu’animal. Livrée à elle-même, cette prairie évolue plus ou moins rapidement vers une forêt. D’autre part, si le milieu est trop riche, le gazon supplante la prairie fleurie. Son installation et son maintien nécessitent donc un minimum d’interventions.

 

2 Entre le gazon et le massif de fleurs

 Massif orange, Quimper (29) Jardin du Théâtre 28202 redimDes bordures de prairie fleurie- Photo Vavou

 

Le gazon est en somme une prairie avortée. Il comporte 2 ou 3 espèces de graminées favorisées par toutes les opérations d’entretien d’une pelouse : désherbage sélectif, apport d’engrais, arrosage, tontes fréquentes… Tout cela tend à éliminer pâquerettes, coquelicots et autres plantes à fleurs ainsi que la faune qui s’en nourrit (insectes, amphibiens, reptiles…).

Installer une prairie dans l’environnement immédiat de la maison est difficilement concevable car marcher dans les hautes herbes n’est pas franchement engageant et nuit à la prairie. Cependant il est tout à fait possible d’établir une prairie sur quelques mètres carrés ou d’y ménager des sentiers tondus régulièrement pour accéder aux autres parties du jardin. L’idéal est d’installer la prairie parmi un verger, à exposition ensoleillée et si possible abritée des vents froids et dominants. Ensuite, plus les milieux créés vont différer, en jouant sur le relief, le sol, la présence d’une mare, plus la prairie sera riche en espèces. En ajoutant quelques arbustes au port naturel, vous obtiendrez un tableau coloré digne des plus grands parterres de fleurs.

 

 

     9C-10-2006 IMG 8139 redimensionner

      Mélange de coquelicots, bleuets, lupins, Eschscholzia... -Photo Vavou

 

3 Comment procéder à son installation ?

Préambule

- Il est intéressant de connaître l’historique des lieux. En effet, un lotissement établi depuis moins de 20 ans à l’emplacement d’un pré possède un potentiel de graines viables, capables de reconstituer rapidement une prairie contrairement à un remblai.

- Dessinez l’emplacement des chemins d’accès vers les parties intéressantes du jardin. Pensez à laisser suffisamment d’espace entre les arbres et arbustes pour faciliter la fauche.

- La prairie demande un sol pauvre pour être maintenue. Si le sol a été engraissé récemment, installez une culture gourmande comme des pommes de terre 1 ou 2 ans avant de semer la prairie.

 

Gazon fleuri, Salles-curan (12) 46296 redimensionner

    Parcelle agricole semée de bleuets et coquelicots, dans l'Aveyron- Photo Vavou

 

Se servir de l’existant ou repartir à zéro ?

 

9D-10-2006 IMG 8134 redimensionnerPrairie déjà riche en espèces, Inutile de retourner toute la parcelle- Photo Vavou

 

Si vous possédez une surface enherbée assez diversifiée, il est préférable de l’enrichir en fleurs sauvages ou horticoles plutôt que de remettre la terre à nu. En revanche, sur une parcelle récemment cultivée ou sur un gazon bien installé, il vaut mieux repartir à zéro et retourner complètement le sol.

Pour obtenir une prairie « naturelle » au bout de 5 ans, on estime que le mélange de semences doit être composé de 85% de graminées et de 15% de fleurs annuelles, bisannuelles ou vivaces. Le semis s’effectue avec une densité de 30 g pour 10 m². Vous pouvez aussi augmenter la proportion de semences de fleurs pour former un véritable « gazon japonais ».

 

4 Composer son mélange de graines

 

9E'-10-2006 IMG 4430b redimensionner    

Semences de gazon japonais- Photo Vavou

Différentes méthodes

Les jardineries proposent des semences de fleurs à mélanger à des graines de gazon sous le nom de « gazon japonais ». Mais il arrive que les résultats ne soient pas satisfaisants en raison de la nature du sol, de la date du semis ou du climat de la région. Mais il est tout à fait possible de réaliser vous-même le mélange. En vous inspirant des plantes qui poussent à l’état spontané dans les prairies et les bords de chemin, vous pouvez créer une prairie durable à laquelle l’ajout de quelques graines d’espèces horticoles n’est pas interdit. La manière la plus simple est de se procurer du foin produit dans les alentours et de l’épandre sur le sol en formant une couche mince. Racler les fonds de grenier où du foin a été entreposé est aussi une possibilité. Vous pouvez aussi récolter sur pied les graines des fleurs sauvages, lorsqu’il s’agit de petites surfaces à ensemencer.

 

9E-10-2006 IMG 7077 redimensionnerRécoltez des graines sur le bord des chemins - Photo Vavou

 

Voici la liste des fleurs les plus communes qui assurent une bonne base pour attirer les insectes :

-mauve, centaurée (bleuet), marguerite, millepertuis, pâquerette, bouton d’or, carotte sauvage, achillée millefeuille, cardamine, véronique…

Vous pouvez y ajouter des graines du commerce telles que : cosmos, lin, campanule, pavot, bugle rampant, gaillarde, angélique, aster, œillet, sauge, orpin, scabieuse, Eschscholzia

Choisissez des plantes à petites fleurs car leur rusticité sera meilleure.

Evitez les plantes envahissantes comme l’oseille et le chardon, celles qui germent difficilement ou qui sont rares.

Sur une petite surface, vous pouvez vous permettre de rajouter des plantes en godets ou de repiquer des plantules au stade « 4 feuilles » que vous aurez faites germées en pépinière.

A vous d’expérimenter diverses formules en fonction de vos possibilités et de la surface à couvrir.

   

Les mélanges de graminées

La sélection de graines composant le gazon est aussi nécessaire afin d’implanter des espèces adaptées à la nature du sol. Voici quelques formules qui fonctionnent bien :

 

Terre franche

en milieu urbanisé

Sol acide

(présence de bruyère, ajonc)

Sol calcaire

- 50% de fétuque ovine

(Festuca ovina)

- 40% de fétuque rouge

(Festuca rubra)

- 10% de pâturin des prés

(Poa pratensis)

- 40% d’agrostis

(Agrostis capillaris)

- 30% de canche flexueuse (Deschampsia flexuosa)

- 20% de fétuque à petites feuilles

(Festuca tenuifolia)

- 10% de flouve odorante (Anthoxanthum odoratum)

- 50% de fétuque ovine

(Festuca ovina)

- 20% de fétuque rouge

(Festuca rubra)

- 10% de fléole des prés

(Phleum pratense)

- 10% de pâturin des prés (Poa pratensis)

- 10% de trisète jaunâtre (Trisetum flavescens)

Ajoutez à cela quelques plantes fourragères : lotier corniculé (Lotus corniculatus), sainfoin (Onobrychis sativa), trèfle des prés (Trifolium pratensis)…

 

5 La préparation du terrain

 A partir d’un sol nu

9F-10-2006 IMG 7069 redimensionner Fruits du Rumex acetosa (oseille des prés)- Photo Vavou

Il est important de retirer les plantes vivaces indésirables (orties, chardons, Rumex…) avant de labourer. Brisez les mottes avec une herse ou en passant plusieurs fois la fraise rotative afin de former un bon lit de semence. Apportez un engrais complet organique uniquement si la terre provient du sous-sol privé d’humus.  

Semis d'une prairie fleurie 25722 redimensionnerSemez à la volée ou à l’aide d’un semoir mécanique, puis passez le rouleau afin de bien faire adhérer les graines à la terre. Il est préférable de semer à l’automne pour permettre aux espèces bisannuelles de germer. La fin de l’hiver est aussi favorable mais la germination est moindre la 1ère année.    

 Pour augmenter le taux de réussite, il est conseillé de semer en même temps une annuelle à croissance rapide comme du seigle (30 à 40 g pour 100 m²). Ce dernier bcrée un couvert végétal qui protège les jeunes germinations du gel, des fortes pluies et permet au sol de rester meuble. Vous le faucherez avant que le grain mûrisse pour laisser la place aux composants de la prairie. Au bout de 2 ans, le seigle aura disparu. Il peut s’avérer nécessaire d’arroser si le printemps est sec.                                                                                                               Semoir -Photo Vavou

 

A partir d’un gazon existant

Si le sol est riche naturellement ou si vous avez fertilisé votre gazon récemment, tondez-le régulièrement l’année précédent la mise en place de la prairie en ramassant les déchets de tonte. Ceci a pour but d’appauvrir la terre. Au moment de semer, ratissez vigoureusement, scarifiez ou passez la herse. Otez bien tous les déchets de mousse.

Semez ensuite le mélange de graines en surdosant légèrement

et roulez.

 

Une autre technique plus contraignante mais qui assure davantage de succès consiste à supprimer le gazon sur de petits carrés de la taille d’un fer de bêche, d’ameublir et de semer votre mélange par taches. Vous arroserez pied par pied pour éviter que la pelouse ne reprenne le dessus.  

 

6 La fauche

 A quelle cadence ?

Papaver rhoeas, Charente (16) Tusson 26193 redimensionnerPrairie dominée par une seule espèce, le coquelicot - Photo Vavou

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il arrive souvent que durant la 1ère année, les espèces annuelles concurrencent les autres plantes du mélange. Au moins trois coupes dans l’année sont alors nécessaires pour éviter qu’elles ne se ressèment. Ces fauchages doivent laisser le plus de hauteur possible à la prairie. Ramassez les déchets pour éviter de favoriser les plantes gourmandes comme les orties, les ombellifères et les chardons.

La 2ème année, la prairie est fauchée légèrement en début d’été pour laisser le temps aux espèces printanières de grainer et aux espèces estivales de repousser. Une 2ème fauche plus courte est réalisée fin septembre.

La 3èmeannée, fauchez au début du printemps si l’herbe est haute, puis attendez septembre pour récolter le foin. Si le terrain est pauvre et sec, une seule fauche par an, en septembre, suffit, voire tous les 2 ans.

 

Comment procéder ?

Utilisez la faucille à main (pour de faibles surfaces), la faux, une débroussailleuse à dos ou une motofaucheuse (la barre de coupe est montée sur le motoculteur). Laissez le foin quelques jours en place pour permettre aux petits animaux de se mettre à l’abri, l’idéal étant de faucher par zones.

    Prairie fleurie, Audenge (33) Camping Le Braou 26764 redime

      Prairie fin juin -Photo Vavou

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douche solaire exterieur 11/11/2011 00:47


super ton article je note immédiatement ton blog dans mes favoris


Sylvaine 10/10/2011 21:28


Un article vraiment interessant.
Notre pelouse a été rebaptisée "le carré d'herbes" car il y a maintenant autant de plantes sauvages comme le trèfle, les paquerettes, les primevères et violettes et du plantain, que du gazon !
J ene sème pas de prairie fleurie, par manque de place mais des mélanges de fleurs annuelles, très appréciés des papillons et des butineurs, à différents endroits du jardin.
Bonne soirée


Vavou 28/10/2011 10:06



Bonjour,


Excuse-moi pour ma réponse tardive mais le blog ne l'avait pas enregistrée.


Je te disais que mon "gazon" ressemblait beaucoup au tien mais que je prenais un réel plaisir à y laisser déambuler ma tortue de terre (issue d'élevage) ou à lui récolter les feuilles de
plantain, pissenlit, trèfle, laiteron, mâche sauvage qui la composent. Par ailleurs, ce gazon reste vert bien plus longtemps que des graminées pures et je dois avouer que je laisse le soin
au trèfle de le fertiliser par son apport azoté. Les vers de terre abondants se chargent de l'aérer à l'automne et je passe plusieurs coups de tondeuse  sur les feuilles mortes tombées au
sol pour réduire leur volume et en même temps produire un mulch.



Capucyne 10/10/2011 15:25


Ton article m'a beaucoup intéressée: depuis des années, mon "gazon" est devenu prairie, mais jaimerais l'enrichir d'autres fleurs sauvages.
Mon problème : la tonte: impossible d ese servoir de ma tondeuse quand les plantes sont trop hautes! L'idéal serait de faucher, mais cela me demanderait de le faire faire...je vais quand même
essyer de diversifier en plantant des petits carrés parmi l'herbe déjà existante!


13/10/2011 15:05



Bonjour,


Merci pour vos remarques qui poussent à aller plus loin!


On peut en effet faucher ou passer la débrouissailleuse mais je reconnais que ce n'est pas évident. Le plus simple est de réserver des zones de prairie "haute" que l'on laisse grainer. Ensuite,
j'arrache les fleurs très hautes, plus ou moins desséchées (cosmos, immortelles, bleuets) et je les laisse au sol . Puis je passe un coup de tondeuse pour les broyer. Sinon,  je
récupère les sommités et je stocke les graines pour semer l'année suivante et mets les tiges au compost.


 Dans une grande prairie, on peut "dessiner" simplement un sentier en y passant la tondeuse régulièrement et laisser évoluer sa prairie jusqu'à l'automne. On peut aussi intervenir par
petites touches en arrachant des plants peu esthétiques et en replantant des fleurs par petits carrés.


Finalement, il existe de multiples façons d'agir selon l'évolution de votre prairie, les essences qui y poussent... Les mélanges vendus sont souvent très pourvus en fleurs annuelles qui parfois
ont besoin d'être arrosées pour rester belles longtemps. Est-ce qu'on peut encore appeler cela de la prairie?


Sur la photo prise dans l'Aveyron où l'été a été particulièrement sec, les bleuets (avec quelques coquelicots et marguerites) ne dépassaient guère 20-30 cm à la mi-juillet mais le spectacle n'en
était pas moins magnifique.