Val Rahmeh, un jardin d’acclimatation à Menton

Publié le

  

Fan de plantes exotiques, je voulais visiter un des temples de l’acclimatation en France : le jardin du Val Rahmeh à Menton. Mon souhait s’est exaucé en ce début du mois de juillet. Petit par la taille (1 ha), ce jardin très apprécié des amateurs de botanique s'est enrichi au fil des années et des propriétaires successifs d'essences nouvelles venues d'Afrique, d'Asie, d'Amérique et d'Océanie. Je vous en propose une petite visite guidée.

 

Menton (06) Jardin botanique du Val Rahmeh 40048 redimensio

 

L'entrée du Jardin avec deux beaux exemplaires de Syagrus romanzoffiana (Photo Vavou)

 

Un jardin créé par touches successives

 

Mandarinier 40125 redimensionnerLa propriété fut construite en 1875 par une famille noble de Menton, les De Monléon. Puis plusieurs propriétaires se sont succédés jusqu’en 1905, date à laquelle Lord Radcliffe (1874-1934), général de l’armée britannique et ancien gouverneur de l’Ile de Malte et son épouse Rahmeh Theodora Swinburne (1865-1924) s’installent dans la propriété. Ils rachètent des terrains agricoles attenants et les plantent d’oliviers et d’orangers dont deux d’entre eux sont encore visibles aujourd’hui dans la partie basse du jardin.


En 1957, Miss Campbell (1900-1982) acquiert le domaine. Sous l’impulsion de cette riche Anglaise excentrique, passionnée de fleurs et surnommée la Dame aux daturas, le jardin s'enrichit de belles plantes ornementales. Elle augmente aussi la superficie en achetant le second jardin auquel on accède désormais par une passerelle. Elle y installe un bassin où les jardiniers entretiennent aujourd’hui jacinthe d’eau, papyrus et nénuphars géants.

 

Menton (06) Jardin botanique du Val Rahmeh 40160 redimensio

Le bassin aux Victoria et aux Lotus (Photo Vavou)

 

En 1966, Miss Campbell vend le domaine au ministère de l’Education Nationale. Le jardin est alors rebaptisé du nom d’une de ses premières propriétaires « Val Rahmeh ». Mais d’où vient le nom du jardin ou plus exactement celui du prénom de Miss Swinburne ? Rahmeh serait un terme arabo-persique d’origine indienne signifiant « tranquillité ». Si ce prénom est fort original pour une lady née d’un père, baron dans le nord de l’Angleterre, il sied tout à fait à cet endroit qui devient ainsi « le vallon de la tranquillité ».

Depuis 1967, le jardin est géré par le Muséum national d’Histoire naturelle de Paris (MNHN) qui a considérablement augmenté les collections.

 

Un faux air de petite jungle


Phoenix 40109 redimensionner

L'allée de Phoenix canariensis (Photo Vavou)

 

Le domaine s'est structuré, dans une confusion organisée qui fait son charme, aujourd'hui encore. Il comporte une villa, la maison du jardinier et un jardin divisé en deux parcelles attenantes. Dépendant du Muséum d’Histoire naturelle, le domaine affiche un rôle affirmé de jardin d’acclimatation et de conservation d’espèces rares, exceptionnelles ou disparues dans la nature, satisfaisant ainsi à la mission de conservation du MNHN. Le climat exceptionnel de Menton a permis d’introduire, d’acclimater et d’entretenir dans le jardin quelques 1500 taxons (espèces, sous-espèces et variétés). Je ne vous présenterai que les plus remarquables ou celles pour lesquelles j’ai tout simplement eu un coup de cœur.


Oasis de silence, lieu de détente offrant au visiteur de l'été l'ombre légère de ses allées et la fraîcheur de sa fontaine et de ses bassins, le jardin bénéficie d'un aménagement original. Il met en scène les plantes qui entretiennent un rapport privilégié à l'homme. Outre les plantes magiques et médicinales, le jardin compte de nombreuses plantes alimentaires telles que l’avocatier, le papayer, le goyavier, des bananiers et un de leurs cousins chinois, le Musella lasiocarpa qui était en fleur début juillet.

 Musella lasiocarpa, Menton (06) Jardin botanique du Val Rah

 

Fleur de Musella lasiocarpa (Photo Vavou)

 

Une collection de palmiers

 

Caryota urens, Menton (06) Jardin botanique du Val Rahmeh 4Vu le climat, un effort tout particulier a porté sur la famille des palmiers – les Arécacées – puisqu’on y compte plus de 80 espèces différentes. Cela commence par la magnifique allée de Phoenix canariensis qui structure l’entrée. Puis, sur la grande terrasse, on découvre un beau Caryota urens en fleur qui nous vient d’Inde et de Malaisie  (photo Vavou ci-contre) et un Sabal palmetto. Dans la partie haute, se trouve un bel exemplaire de Trithrinax campestris, un palmier originaire d’Argentine, aux feuilles bleutées et au tronc très épineux. Plus loin encore, un Brahea armata du Mexique dresse ses feuilles grises. Bref, le tour du monde des palmiers en moins de 100 mètres.

 

Trithrinax campestris, Menton (06) Jardin botanique du ValTrithrinax campestris (Photo Vavou)


Quelques surprises au fil de la promenade

 

Aristolochia grandiflora, Menton (06) Jardin botanique du VLe jardin est si riche qu’il est difficile d’avoir l’œil partout. Quelques plantes m’ont plus particulièrement marquée. Tout d’abord une Aristolochia grandiflora aux énormes fleurs violettes (Photo Vavou ci-contre). Cette plante pousse si vite qu’il est possible de la cultiver comme une annuelle. Un peu plus loin, voici les bambous géants de Malaisie, Dendrocalamus asper, qui dépassent les quinze mètres de haut avec des pousses de près de 10 cm de diamètre.

 

Dans la même famille, j’ai aussi découvert Otatea acuminata, un bambou mexicain au feuillage pleureur particulièrement gracile… j’en mettrais bien dans mon jardin sauf qu’il aime les sols au pH neutre (6,5-7) et qu’il craint les gelées (-5 à -1°C). Le jardin est aussi connu pour ses énormes Victoria cruziana qui couvrent le bassin à la mi-août sur fond de lotus.

Otatea acuminata, Menton (06) Jardin botanique du Val RahmeOtatea acuminata, le bambou pleureur mexicain (Photo Vavou)

 

Dans le même secteur, j’ai repéré un Lagunaria patersonia aux fleurs roses et au feuillage gris. Ce petit arbre de 5 à 8 mètres de haut est originaire d’Australie, et il est apparenté à la famille des hibiscus. Beaucoup plus local, il faut aussi mentionner la spécialité de Menton : les orangers et les citronniers que la ville fête à chaque fin d’hiver.

 

Un rescapé de l’Ile de Pâques : Sophora toromiro

 

Sophora toromiro 2Le jardin du Val Rahmeh assume une fonction de conservation, illustrée par l'histoire du Sophora toromiro. Endémique de l'île de Pâques, cet arbre de la famille des légumineuses, qui mesure à peine 5 mètres de haut, est largement répandu lors de l'arrivée des premiers colons polynésiens. Son bois rouge, dur et imputrescible est utilisé pendant des siècles par les sculpteurs pascuans pour confectionner des statuettes et des objets cérémoniels. Mais il est surexploité par une population devenue trop nombreuse, désacralisé par suite de l'affaiblissement des structures sociales, contrarié dans son développement par un changement possible des conditions climatiques, empêché dans sa régénération par le surpâturage dans une île devenue un immense parc à moutons... Le Sophora toromiro disparaît de l'île, à l'exception d'un unique spécimen qui réussit à survivre à l'intérieur d'un volcan.

 

Sophora toromiroEn 1956, l’aventurier suédois Thor Heyerdahl prélève une branche porteuse de gousses. De ces graines ramenées à Göteborg, quelques plantules se développent, fleurissent et fructifient. La plante est alors multipliée. En 1962, de retour sur l'île, le navigateur suédois ne retrouve plus le petit arbuste : le dernier représentant de l'île s'est éteint. En 1993, un Sophora toromiro né à Göteborg est planté à Val Rahmeh où il fleurit l'année suivante. Plus tard, une quinzaine d'exemplaires est installée et mise en observation à Val Rahmeh. Chargé plus spécialement de suivre l'acclimatation du Sophora toromiro, le Jardin du Val Rahmeh participe avec d'autres instituts internationaux à un programme de conservation en vue de réintroduire l'espèce dans son berceau d'origine. Le Val Rahmeh cultive depuis plus de 10 ans ce ligneux en voie d’extinction qui se plait particulièrement à Menton sous ce microclimat idéal pour l’acclimatation des plantes sub-tropicales. En avril 2005, l'un des sujets a fleuri mais il n’a pas encore fructifié. En octobre 2005, le jardin botanique de Vina del Mare au Chili a envoyé des graines, en cours de germination. C’est donc une affaire d’autant plus à suivre que le jardin recèle bien d’autres trésors dont de nombreux agaves et aloès. Mais cela vaudra sûrement une seconde visite.

 

Lagunaria patersonia, Menton (06) Jardin botanique du Val R

 

Lagunaria patersonia (Photo Vavou)

 

Pour en savoir plus :

Jardin botanique exotique du Val Rahmeh. A 5 minutes à pied du bord de mer, Avenue St Jacques, 06500 Menton – France, et le site internet du jardin : http://jardinvalrahmeh.free.fr/valrahmeh/index.html

Commenter cet article

YVELINE 07/01/2012 21:43

dommage je suis allée à Menton et n'ai pu visiter ce jardin célèbre
ce n'est pas l'envie qui manque d'y retourner