Les Tropiques au Conservatoire botanique de Brest

Publié le par Vavou

Pour les amoureux des plantes rares, la visite du jardin du Conservatoire Botanique de Brest s’impose.   Créé en 1975 sous l’impulsion de Jean-Yves Lesouëf, le Conservatoire botanique de Brest fut le premier établissement dans le monde entièrement dédié à la conservation de la flore menacée. Son action de conservation connaît une dimension internationale, voulue par ses fondateurs mais aussi nationale et régionale.
Il participe à de nombreuses missions de protection d’espèces végétales menacées d’extinction, en particulier sur les îles de l’Atlantique. C’est ainsi que l’on retrouve au hasard de la promenade des plantes des Canaries, de Madère, des Açores, du Maroc, du Chili et du Bouthan !   

Sur 31 hectares et tout au long d’une vallée encaissée d’environ deux kilomètres de long - le vallon du Stang Alar -, il règne un microclimat où s’épanouissent les plantes des cinq continents.

L’eau est présente partout grâce au ruisseau qui traverse toute la vallée et qui bordent les nombreux étangs qui s’égrènent le long du parcours. Les pentes escarpées sont adoucies par un bois de hêtres, de grandes pelouses. Depuis 2009, le jardin du Conservatoire botanique national de Brest est classé Jardin remarquable. Et, détail qui n’est pas mince, son accès est gratuit.

 

Quand visiter le jardin ?

 

Vu la richesse des collections, toutes sortes de floraison sont à découvrir de mars à novembre mais celles-ci sont particulièrement spectaculaires de février à avril avec la collection de Camellia située sur la rive Ouest de la rivière.




En Mai, les premiers Echium de Madère élancent vers le ciel leurs grandes grappes de fleurs qui atteignent presque 3 mètres. Puis vient le temps des rhododendrons dont le Conservatoire possède quelques spécimens peu communs à grandes feuilles. En été, si le temps est peu humide, les frondes des fougères arborescentes de Nouvelle-Zélande (Dicksonia antartica) vous protégeront du petit crachin. A elles seules, le voyage vaut le détour.

  

 



Quelles surprises nous attendent ?

 

Le conservatoire ne vise ni le spectaculaire ni le tape-à-l’œil. Le visiteur attentif et curieux découvrira les plantes toujours très bien étiquetées par grandes écorégions. Le jardin est ainsi divisé en cinq grandes zones géographiques.
 

La zone Armorique 


À proximité du pavillon d’accueil, vous découvrirez quelques plantes protégées, présentes en Bretagne et plus largement dans le Massif armoricain. On y trouve ainsi la bruyère du Portugal (Erica lusitanica) dont une petite station existe à quelques kilomètres de Brest. Pour éviter sa disparition en Bretagne, le Conservatoire Botanique a réintroduit sur place plusieurs plants de cette bruyère en 1992. La bruyère du Portugal présente une belle floraison étalée de novembre à mai. Ses boutons floraux d'un joli rose sont particulièrement attractifs. Cette grande bruyère, qui peut atteindre 3 mètres de haut, est protégée par la loi, au niveau national, depuis 1982.

 

 

 

 

La zone himalayenne
 

Et comme le parc n’est pas qu’un conservatoire mais aussi un jardin, deux très beaux étangs encadrent le chemin qui vous mène à la grande cascade. Sur les rives de l’un deux, vous y trouverez un grand massif d’euphorbes des Canaries (Euphorbia mellifera) aux fleurs orangées en avril-mai. Au bas de la cascade, c’est le domaine des magnolias (M. campbelli, M. ashei), des Eucalyptus dalrympleana de plus de 20 mètres de haut et des rhododendrons (R. spinuliferum, R. periclymenoides). Une mention spéciale au Rhododendron macabeanum dont les grandes feuilles cireuses de 30 cm accueillent un joli bouquet de fleurs jaunes pâles d’où dépasse un imposant pistil orange vif


Rhododendron macabeanum (photo Vavo)


       R. periclymenoides (photo Vavou)



 

 

 








Camellia granthamiana 15368Sur la rive gauche de la rivière, et un peu à l’écart du chemin principal se trouve la flore de l’Himalaya. Vous ne trouverez pas ici les camellias aux grosses fleurs qui sont pour la plupart des obtentions horticoles. Fidèle à l’esprit du collectionneur et dans un souci de mettre d’abord en avant les espèces botaniques les plus représentatives de leur genre, le conservatoire propose de découvrir le Camellia granthamiana aux fleurs blanches et des Camellia sasanqua dont les fleurs sont odorantes. Mais on y trouve quelques variétés horticoles comme Camellia 'Spring Festival', Camellia japonica 'Gosho Zakura' aux grosses étamines jaunes ou Camellia japonica 'Ville de Nantes' aux pétales rouge et frisés !









 

Cupressus cashmeriana (Photo Vavou)
                             
Dans la même zone, se trouve un conifère rare, au feuillage bleuté et au très beau port pleureur : le cyprès du Cachemire (Cupressus cashmeriana). Cet arbre peut s’acclimater dans les régions tempérées et méditerranéennes à condition de pousser dans les zones vallonnées humides. Il est malheureusement menacé dans son aire naturelle d’origine, le Bhoutan. Ses rameaux pleureurs et son feuillage vert bleuté en font un remarquable arbre d’ornement. Il est toutefois assez difficile à cultiver. En effet si la chaleur et l’humidité favorisent le développement de cette espèce, elle ne supporte pas les longues périodes de sécheresse ou de froid vif qui peuvent la faire mourir. Le vent l’endommage aussi facilement. Malgré ses caprices, cet arbre s’épanouit particulièrement bien dans ce jardin puisqu’il dépasse allègrement 10 m.





Au pied du cyprès du Cachemire, vous trouverez une autre curiosité bien utile les jours de pluie : Tetrapanax papyrifer. Ses feuilles font 60 à 80 cm d’envergure. Au printemps, vous verrez aussi fleurir le rare Michelia doltsopa 'Silver Cloud', un cousin des magnolias et les feuilles rouge vif d’un érable japonais : Acer palmatum 'Bloodgood' . 



















 

Tetrapanax papyrifer et Acer palmatum 'Bloodgood' 

Plantes d'Australie et de Nouvelle-Zélande

Passons sur la rive droite de la rivière où nous découvrons des plantes encore assez peu communes en France : Illicium anisatum, I. henryi et I floridanum aux curieuses fleurs pourpre et étoilées.

 

  


Puis, voici le royaume des fougères arborescentes. Implantées depuis plus de 20 ans, ces fougères de Nouvelle-Zélande font plus de 2 mètres de haut et résistent aux hivers bretons, certes doux mais pas forcément toujours cléments. En contrebas, s’étale un impressionnant massif de Gunnera du chili (Gunnera manicata) qui se délectent d’avoir les pieds dans l’eau.


Dicksonia antartica

 

A peine plus loin, les Lysichiton americanus exposent leurs spathes jaunes et vert tendre au début du mois de mai. A l’abri de l’eau, au pied du versant, encore une euphorbe des Açores peu commune aux feuilles coriaces et d’un beau vert vernissé, Euphorbia stygiana (ci-dessous)

 
















Après ce petit détour, revenons sur la rive gauche et laissons nous subjuguer par quelques raretés de ces deux îles australes comme Richea dracophylla. Mais avant de sentir ses fleurs blanches, il faut franchir ses bractées orange un peu piquantes. Le chemin qui surplombe l’étang nous fait alors découvrir la richesse de cette flore de l’hémisphère Sud. Grâce au travail de diffusion des professionnels de l’horticulture, de plus en plus de plantes australes ornent désormais les jardins de la façade atlantique et de Méditerranée qu’il s’agisse des Leptospermum, Callistemon, Pittosporum, Phormium, Olearia et enfin des Acacia. Et, oui, le fameux mimosa est originaire non pas de Nice mais du pays des kangourous.

Dans le même secteur, un très bel arbre retient l’attention : L'Eucalyptus kartzoffiana. Si l'Australie et la Tasmanie sont la patrie des eucalyptus car plus de 600 espèces différentes se rencontrent sur ce continent, cette espèce, localisée en Nouvelle Galles du Sud, est très rare. Très riche en huiles odorantes, il embaume l'air les jours ensoleillés et chauds.

  

En quittant la zone australienne, faisons un petit détour vers la jungle. Il n’y aura peut être jamais des orangers sous le ciel irlandais mais il y a sûrement une forêt de bananiers (Musa) sous le ciel breton du Conservatoire de Brest. Et en face, le visiteur se promène sous l’abondante frondaison des bambous tels Phyllostachys sulphurea var. viridis aux chaumes dorés.


  

                      Phyllostachys sulphurea var. viridis 

 















Fleurs de bananier
 


La zone méditerranéenne

 

En fin de parcours, nous atteignons la zone méditerranéenne qui bénéficie d’une très bonne exposition. Les roches de la falaise jouent le rôle d’un accumulateur de chaleur. Les palmiers s‘y épanouissent ainsi que de nombreux représentant de la famille des agavacées, et autres succulentes. Plusieurs spécimens du rare Cordyline indivisa, aux feuilles beaucoup plus larges que son cousins C. australis très commun, résistent aux gelées hivernales.

 



Mais le clou du spectacle est assuré par les hampes florales bleutées de l’échium des canaries (Echium pininana). En 1972, moins de 500 pieds de cette espèce étaient recensés sur l'île de la Palma aux Canaries, où elle est endémique. Les effectifs ont chuté suite à la destruction de son milieu, au pâturage et à la récolte par les horticulteurs. Les deux premières années de sa vie, elle se présente sous la forme d'un plant de 80 cm de hauteur, couvert de feuilles rubanées et poilues. La troisième année, la plante développe une hampe florale pouvant atteindre 4 mètres de haut en juin et couverte de petites fleurs bleues qui attirent les abeilles. A la fin de l'été, la plante entière meurt en laissant une très grande quantité de graines dans le sol.

 



A la sortie du jardin, ne ratez pas l’arbre de feu du chili (Embothrium coccineum) dont les fleurs rouge vif illuminent le printemps dès le début du mois de mai.
 

 

  

 

 

 












Et dans les serres, qu’y a-t-il à voir ?

 

Les serres constituent le cœur et la raison d’être du Conservatoire. La question de la biodiversité et de l’extinction des espèces paraît parfois abstraite. Mais, ici, on se rend compte que certains spécimens de plantes se comptent aujourd’hui sur les doigts d’une main bien souvent à cause de l’impéritie des hommes.

Le géranium endémique de Madère (Geranium maderense) n’a été retrouvé par un botaniste local qu’en 1991 alors qu’il n’avait pas été revu depuis environ 100 ans sur cette île. Les quelques graines récoltées ont été partagées entre le Jardin de Funchal et le Conservatoire botanique. Les plants ont prospéré à Brest et, après quelques années de culture, plusieurs milliers de  graines ont été produites. En 1998, le Conservatoire botanique a tenté de réintroduire cette espèce avec l’aide des organismes officiels de préservation de l’environnement de Madère. Une nouvelle réintroduction a été réalisée en 2009. Sa floraison rose vif très spectaculaire intéresse aujourd’hui les horticulteurs.

 


Quant à Cylindrocline lorencei, il était considéré comme totalement éteint en 1990 dans son biotope de l’île Maurice, et seul subsistait un petit lot de graines recueillies dans la nature en 1982 par le fondateur du Conservatoire botanique de Brest. Des semis furent tentés, mais sans succès. Pourtant des analyses indiquaient que ces graines, incapables de germer naturellement, contenaient encore quelques cellules vivantes. Grâce à la culture in vitro, il fut possible de régénérer des plantules à partir de ces cellules. Celles-ci ne donnèrent des individus adultes qu’en 2003. Malheureusement, les graines récoltées actuellement ne germent pas. Une multiplication des plants par le biais des biotechnologies est donc en cours à Brest et au Jardin Royal de Londres à qui des sujets ont été confié en 2001. Le but de cette multiplication in vitro est d’obtenir rapidement de nombreux spécimens afin de tenter la réintroduction de cette plante à l’île Maurice.


 

Amorphophallus-titanum--Brest--29-.JPG
Arum-008La plante vedette des serres est certainement l'arum titan (Amorphophallus titanum). Cette vivace originaire de Sumatra produit la plus grande "fleur" du monde (2,70 mètres de haut). Après quelques années, lorsque le tubercule a accumulé assez de réserves (le tubercule cultivé à Brest pesait 38 kilogrammes en janvier 2009), le plant produit un bourgeon floral. Il a fleuri pour la première fois en France à Brest dans les serres du Conservatoire botanique en juillet 2003. Depuis cette date, et après six années de production de feuilles atteignant 5 m, un nouveau bourgeon floral est sorti de terre en juin 2009.

 


Et pour plus d’informations : http://www.cbnbrest.fr/site/accueil.html

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Machaon 10/09/2016 04:27

Bonjour, toutes mes félicitations pour votre article.
Continuez ! :)

pirouette0232 11/06/2015 16:25

Bonjour,
J'y suis allée une année, c'était superbe.
J'aimerais bien y retournée.
Amoureuse des plantes, je m'inquiètes de ne pas trouver trace de l'impatiens goutte de sang, en blanche.
Nous sommes plusieurs à la rechercher, mais en vain.
C'est dommage si la plante de nos grand-mères a disparue.
Merci de me tenir au courant de vos éventuelles recherches.

YVELINE 07/01/2012 21:45

magique

cela donne envie d'aller faire un tour à Brest

Vavou 17/01/2012 11:47



Bonjour Yveline,


Le conservatoire de Brest vaut effectivement le détour et notamment la visite des serres qui surplombent les étangs. Dans la même ville, le jardin des explorateurs près du pont de Recouvrance est
également très sympathique car il surplombre la rade de brest et le port. Enfin je vous conseille la visite du domaine départemental de Trévarez à 70 km de Brest, le jardin de Rospico au sud de
Quimper et le jardin botanique de Roscoff qui présente une flore vraiment pas commune.