Metasequoia, le sapin chinois du Sichuan

Publié le par Vavou

 

Metasequoia glyptostroboides, Brest (29) Conservatoire bota

Le Metasequoia glyptostroboides est un arbre bien étrange. Considéré comme définitivement perdu depuis l’ère tertiaire, des exemplaires bien vivants furent trouvés au milieu de la Chine en pleine révolution chinoise. Autre particularité, c’est un des rares conifères à perdre ses aiguilles à l’automne. Un conifère antédiluvien qui perd ses aiguilles pour renaître au printemps, voyons cette histoire et ce drôle de spécimen de plus près…

 

Metasequoia glyptostroboides au Conservatoire botanique national de Brest (Photo Vavou)

 

 

Fossile ou pas fossile ?


Le Metasequoia glyptostroboides est une espèce panchronique c’est-à-dire qu’elle présente des ressemblances morphologiques avec des espèces disparues identifiées sous la forme de fossile. Ce n’est donc pas à proprement parler un fossile vivant mais plutôt un arbre dont on peut identifier de lointains ancêtres à l’ère tertiaire. Le Metasequoia glyptostroboides est même une espèce plutôt récente puisqu’elle apparaît au Pliocène, soit il y a 5 millions d’années ce qui est assez jeune si on considère que les premiers gymnospermes auxquels cet arbre appartient sont apparus il y a plus de 240 millions d’années. Alors pourquoi parle-t-on encore de fossile vivant à propos de cet arbre ? En fait un paléontologue japonais, S. Miki, avait identifié cet arbre en 1941 dans des fossiles du Pliocène et l’ensemble de la communauté des paléontologues pensait cette espèce  définitivement disparue. Mais, la même année, coup de tonnerre ! Des botanistes chinois découvrent plusieurs exemplaires vivants de Metasequoia glyptostroboides au fin fond de la Chine. Ni mort, ni disparu pour la biodiversité mondiale, revoilà le Metasequoia sur le devant de la scène botanique internationale.

 

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La vallée des Metasequoia dans le Hubei en 1980

 

Histoire d’une redécouverte

 

Metasequoia glybstroboides-carte maelLa vallée de Modaoqi est située près de Lichuan entre les provinces du Hubei et du Sichuan (Carte Vavou)

 

 

Les trois premiers exemplaires de Metasequoia furent donc découverts en 1941 par T. Kan, un botaniste de l’université de Nanjing aux confins des provinces du Sichuan et du Hubei. Aucun matériel végétal ne fut récolté cette année là car la saison était défavorable. En 1944, le botaniste et forestier T. Wang récolta un bout de branche avec un cône mais il n’apporta aucune fleur, élément clef pour déterminer si ce spécimen était une nouvelle espèce ou pas. Il le montra au professeur Chen qui soupçonna que l’on avait bien affaire là à un arbre peu ou mal connu.

Ce dernier envoya alors sur le terrain le professeur Hsueh de l’Université de Kunming qui au cours de deux expéditions successives en 1946 sillonna la région de Lichuan et notamment les bords de la rivière Modaoqi.

 

metasequoia image professor hsueh.pdf - Adobe Reader redimeLe professeur Hsueh, un des découvreurs des premiers exemplaires de Metasequoia

 

 

Sur place, il découvre 22 spécimens de Metasequoia puis 100 autres sont découverts près de ruisseaux, de champs de riz et de ravines, en compagnie d’autres résineux tels que des Cephalotaxus fortunei et des Cunninghamia lanceolata, mais aussi des feuillus tels que des Liquidambars formosana, des Cornus controversa, des Acer davidii, des Styrax, des Nyssa


Metasequoia glybstroboides

Un des premiers exemplaires de Metasequoia photographié dans son milieu naturel (photo ci-contre)

 

 

 

 

Au final, plusieurs stations reliques sont ainsi identifiées sur une zone couvrant près de 800 km², soit un carré d’à peine 30 km de côté. Et sur cette zone, on ne compte que 6000 Metasequoia, c’est-à-dire un arbre tous les 8 km… autrement dit très peu ! En 1948, les professeurs Chen et Hu confirmèrent à l’examen des échantillons que l’on avait re-découvert un arbre que l’on croyait disparu, le Metasequoia. En janvier 1948, le professeur Merrill de l’Arnold arboretum de l’université d’Harvard près de Boston reçoit des graines qui proviennent de trois arbres adultes et matures découverts par le professeur Cheng. Celles-ci germent un mois plus tard. Simultanément, l’Arnold Arboretum partage son lot de graines avec d’autres instituts de botanique dont le Muséum d’Histoire Naturelle à Paris qui planta le premier Metasequoia français dans le jardin alpin du Muséum à Paris en 1948. En quelques années, voilà un disparu sauvé de l’oubli. Aujourd’hui, cet arbre fait toujours l’objet d’une attention particulière de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) puisqu’il est inscrit sur la liste rouge des espèces sauvages en voie de disparition.

 

C’est quoi ce nom qui écorche les oreilles ?

 

Quant à son nom de baptême qu’on eut pu trouver plus simple, d’où vient-il ? Le préfixe Meta signifie « au-delà » du Sequoia, arbre avec lequel les botanistes ont fait le rapprochement. Quant au nom d’espèces –  glyptostroboides  –, il réfère aux fruits en forme de cône (les strobiles) très semblables aux fruits des cyprès. En français, on l’appelle parfois le Séquoia de Chine et en anglais ainsi qu’en chinois le sapin d’eau, ce qui nous donne quelques indications sur sa préférence pour les climats bien arrosés. En Chine, il vit 750 à 1500 m d’altitude dans une région relativement pluvieuse et sur des sols relativement humides, plutôt acides et d’origine sableuse.


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Metasequoia au Moulin de la Souloire à Nérigean (33) (Photo Vavou)

 

 

A quoi ressemble donc le Metasequoia glyptostroboides ?

 

 

Metasequoia glyptostroboides, Alsace (67) Jardin botanique

Tronc de Metasequoia glyptostroboides, au jardin botanique de Strasbourg (ci-contre, Photo Vavou)

 

 

C’est tout d’abord un grand arbre à croissance très rapide, qui peut atteindre dans son pays d’origine 50 mètres de haut avec un tronc de deux mètres de diamètre, noueux et très élargi à la base (plus de 2 mètres de diamètre). Le plus grand exemplaire connu à ce jour mesurait près de 37 m en 1998 au College William and Mary, à Williamsburg en Virginie (USA). Quant aux plus vieux exemplaires, on pense qu’ils ont pu atteindre l’âge très respectable de 300 ans voire plus.

 

Il a en général un tronc droit et un port conique voire colonnaire chez certains cultivars. Son écorce marron grisâtre sur sa partie externe et orange à l'intérieur est profondément cannelée et fissurée et elle se détache en fines lanières. Son bois est relativement fibreux et cassant et les habitants de Lichuan lui préféraient d’ailleurs le bois des Cephalotaxus voisins.

 

 

Les fleurs femelles sont verdâtres, solitaires et dressées tandis que les fleurs mâles sont jaunes, pendantes et groupées. Quant aux fruits, ils se présentent sous la forme de petits cônes verts, ovoïdes et écailleux, portés par de longs pédoncules, deviennant bruns et matures en hiver. Ils ressemblent aux cônes des cyprès. Ses racines sont superficielles, très étalées et souvent situées juste sous la surface ce qui incite à ne pas le planter trop près des maisons.

 

Ses ramilles opposées sont formées de feuilles également opposées, linéaires, souples, longues de 2 à 4 cm environ. Comme le mélèze (Larix sp.) et le cyprès chauve (Taxodium sp.), il perd ses feuilles à l’automne. Il se pare alors d’une très belle couleur rouge cuivrée à l'automne  ce qui en fait un de ses principaux atouts paysagers.

 

Metasequoia glyptostroboides 22804 redimensionnerMetasequoia glyptostroboides au jardin botanique de l'Université Bordeaux à Talence (Photo Vavou)

 

Il apprécie peu l’ombre et préfère, au contraire une situation ensoleillée et aussi un sol plutôt humide. Sa rusticité semble assez bonne puisqu’il pousse jusqu’en Alsace. Certains botanistes évoquent une résistance jusqu’à -20°C. En France, on en trouve des exemplaires aussi bien au Conservatoire botanique de Brest, au parc de la Beaujoire à Nantes, au jardin botanique de l’université de Strasbourg, au jardin botanique de Talence près de Bordeaux ; bref, il semble adapté à presque tous les climats frais, à tempéré, océanique et pluvieux. Il y en a peut être en zone méditerranéenne mais vu ses conditions d’origine, je ne sais pas s’il est vraiment adapté à ce climat. Il en existe pourtant un exemplaire au Jardin botanique de Marseille. Une chose est sûre, il lui faut des sols frais.

 

C’est un arbre intéressant en isolé dans les jardins et les parcs, ou encore en groupes devant des bosquets de ligneux, sur des pelouses ou à proximité de l’eau où il pousse particulièrement bien à condition de ne pas être inondé ; il ne faut pas confondre Metasequoia et cyprès chauve. Ce dernier présente des racines pneumatophores au bord de l'eau et se distingue du Metasequoia par des ramilles pas tout à fait opposées.

 

Pour en savoir plus

Le site le plus complet sur le Metasequoia : http://www.metasequoia.org/

Une autre histoire de miraculé : le Sophora toromino sur mon site : http://conseiljardin.over-blog.com/article-val-rahmeh-un-jardin-d-acclimatation-a-menton-54782872.html

Un article sur un autre conifère antédiluvien sur mon site : l'araucaria araucana ou le desespoir des singes


Publié dans Arbres-Conifères

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Françoise 02/09/2012 21:31

Bonjour je decouvre cet article.

J'en profite pour vous signaler que nous avons quelques exemplaire dont le premier a été planté en novembre 2005. il est dans une clairière assez humide. il est superbe. nous avons déjà eu des
températures d'hiver à -28° en janvier 2010 notamment, et il a bien supporté.
depuis nous en avons planté 2 autres il y a 4 ans, qui vont bien et qui sont en sol un peu plus sec et en plein soleil.
Il y a 2 ans, nous en avons encore planté une 10aine. ils souffrent un peu de la secheresse, mais ça va tout de même.

Eric Dujardin 03/02/2011 11:03


Très bon article sur le métaséquoia ! Complet et clair ; probablement le meilleur que j'ai pu trouver sur le net . . . Le Métaséquoia est un arbre magnifique et en situation favorable , il vous
surprendra par son évolution très rapide ! Chaque nouvelle saison , lui permet de montrer encore plus sa vigueur et sa majesté .


09/02/2011 14:21



Bonjour, et merci pour votre commentaire.


Le site en anglais sur le Metasequoia regorge d'information très précise sur les circonstances de la découverte du Metasequeoia. Il m'a beaucoup aidé à rédiger  mon propre article.


Quant à l'arbre lui même, je n'en ai pas parlé dans l'article mais il existe désormais des cultivars panaché et doré du Metasequoia que je ne connais pas personellement. Il faut dire que l'espèce
type est déjà très belle.